Manifeste

Bercé par les endorphines tu t’endors in fine. La bave aux lèvres et un putain de gun sur la tempe. C’est la mélodie du clac clac. Le glas du temps qui te rattrape. En baillant tu fais le bilan. 29 ans. Certes des fafs mais pas de meufs et pas de taff. Un sale tryptique. Un mauvais trip.

Tes paupières s’alourdissent sur une longue litanies de souvenirs passés, effacés. Regrets. Non-dits. Des « si j’avais su » aux « si je pouvais revenir en arrière ». Pages écornées, pages froissées, jaunies par l’expérience de la bête attitude.

Tes potes se sont fait le paravent d’une famille en lambeaux. Jav tu es né, jav tu resteras. C’est ce qu’ils disaient à l’époque. Les temps ont changé. Tes amis aussi mais tandis qu’ils évoluent vers la  « parenté », la « famille », le « foyer », la « carrière » tu parcours la vie en zigzag. Tu la dépucèles au scalpel rouillé avec tous les sales coups que tu puisses imaginer.

Tu glorifies ton passé de manière inexplicable. Quand ton pays s’y met c’est pour  faire croire qu’il garde des atours de grandeur. Quand tes potes et toi vous le pratiquez c’est pour vous glorifier. Ex bande d’irréductibles gaulois face aux canons du système et de la société marchande. Plutôt : bande de connards finis en manque d’affection et de repères. Et toi dans tout ça ? T’étais un sac plastique. Un sac plastique virevoltant au gré des hormones et du vent mauvais. Un jour prêt à serrer la meuf de ton pote sur un coup de tête, le lendemain prêt à te jeter par la fenêtre du bâtiment C. Mais voilà t’avais trop peur de tâcher le bitume de la cour de ton sang maculé.

Avant que la vie n’arrache ton insouciance avec les dents.

Avant que tu comprennes que ta seule possibilité de bonheur résidait sur une flopée de médicaments assortis d’une bonne mutuelle.

Avant de te soumettre aux dieux séculaires de ton temps qui ne sont pas Jésus et Mahomet mais la vacuité et le crédit bancaire.

Tu t’es imposé comme une évidence.

Ta vie n’est qu’une mauvaise farce.

Elle te choira chichement, si tu chaloupes chanmé sur la chance que t’as d’acheter des machins. Consumériste.

Tu dors. Enfin presque. De manière suffisamment profonde pour arrêter de te mentir à toi même et suffisamment légère pour réagir au moindre signe : battement d’aile de papillons, pets sonores de ton frère dans son lit superposé, éclaircies dans le miroir de tes vains espoirs, téléphone en mode vibreur, cavalcade à dos de licornes sur rêves de triomphe, bruit d’un moustique qui fait bzzz. T’es dans l’entre deux mondes. Et tandis que tu escalades les flancs escarpés d’une montagne…

Paf tu vois Youssoupha

youssoupha

Si tu vois pas le rapport entre « une montagne » et « Youssoupha » je te suggère de BIEN regarder ses lèvres.

Dans ton rêve, il te pose la question : « Est-ce que tu rêvais de ta vie jadis ? »

Petit tu t’imaginais grand. Une villa sur la jetée. Un vague métier qui te permette de mettre un costard avec une chemise ouverte. Une chaîne-en-or-qui-brille. Ta femme, une fusée avec un cul aussi gros que le Brésil et une chevelure chatoyante. Ta caisse, un bolide au nom latin et au capot rutilant.

Grand te voilà si petit.

Te voilà fragile et hagard couchant tes névroses binaires sur un écran quinze pouces.

Te voilà exprimant ta musique quasi-morte dans une glose au son creux résonnant dans un désert d’audience.

Te voilà cassure plutôt que gars sûr, fissure plutôt que fils sûr, talent fâché couvert de circonstances exténuantes.

Te voilà dernier à table exprimant tes mots, tes larmes en disant « Ce soir je bois ». Complètement linked out.

Te voilà blazé et affable aiguisant tes maux, tes armes, balbutiant aux putes de passage des bas fonds, du Hideout.

Te voilà.

Sale beater par inter-rimes.

Un jour, une porte s’est ouverte sur le monde. Comme l’héroïne dans les veines d’un accro. Tu t’es fixé comme un objectif. Tu veux casser les oreilles de tes contemporains en poussant ta voix rauque, en faisant bouger les choses. En dévalisant, en déracinant, en défouraillant, en déconstruisant.

En les rabaissant à ton niveau de mec gâvé, de mec blasé, complètement laminé par la THC, les solvants captés par voie nasale et les certitudes fatalistes sur la nature humaine.

Regarde les ces moutons qui te servent de congénères. Tu les vois, ils te voient. Vous êtes semblables. Vous avez grandi ensemble, fréquentés les mêmes établissements.

On vous a gavés la tête avec les mêmes concepts foireux. On vous a fait croire aux même mythes. On vous a dit que l’amour c’était tout beau tout mignon, on vous a dit que réussir c’était empiler des diplômes et qu’il y’ avait toujours un travail au bout. On vous a dit que tous les êtres humains étaient frères et sœurs et que si on était sage on pourrait tous chanter gangnam style dans le giron de l’empire du bien en faisant harlem shake.

Seulement toi tu sais qu’il y’ a quelque chose qui cloche. Après tout tu n’es pas complètement endormi. Une autre évidence s’impose alors à toi.

Il est à peu près certain qu’un jour tu deviendras un criminel.

Tu feras peut-être preuve de curiosité. Enfer

Tu rechercheras la connaissance. Damnation

Tu jugeras les gens pour ce qu’ils sont et pas sur ce que dit Claire Chazal. Pêché.

Tu prendras le monde pour ce qu’il est. Malédiction.

Regardes-toi putain. Des cons qui font ça, ça existe même pas en France.

Nous sommes tous pareils. Des enfants gloutons délaissés par des pères blazés ou absents ( à commencer par Dieu).

Des êtres qui n’avaient qu’une viande pré-machée alors qu’ils étaient en quête d’un steack bien juteux.

Des individus dominés, soumis, fouettés par les sadiques gouvernés par des indifférents. Addict aux pilules, à la drogue, à l’alcool, à la caféine, au travail ou au bonheur en kit.

Des poètes à fleur de peau, esclaves du bon mot, forgés par des cicatrices aussi profondes que le gouffre de Helm.

Héros sans épées, dans la confrontation permanente, toujours en quête d’action, de réaction. Toujours à vouloir prouver quelque chose. Car à notre naissance, un hypothétique Dieu nous as hypothétiquement dit :

« Débrouillez-vous bande de bâtards ».

Nous sommes des marginaux. Nous sommes des rageux. Des chiens de la casse.

Nous sommes des Javs. Nous sommes des haterz. Nous sommes des Beaterz.

Ceci est mon manifeste.

Et si un jour notre révolution devait être en marche elle n’arborerait pas un drapeau muni d’un L barré. Non.

Elle arborerait le majeur bien dressé d’un français discount.

Veisalgie

Le glas sonne sine qua non et tes entrailles résonnent. Un bruit qui se prolonge encore et encore te martèle le crâne. Chanceler d’un pied gauche mal assuré, d’un corps à peine assumé, d’une réalité éculée,  d’une puanteur d’enculé. Tes jambes flageollent, le plafond tremble de marbrures grises.
Saloperie.

Hier soir, Triice a dit : ce soir je bois alors ce matin tu trinques. Regard flou, furtive envie de mort sur un soleil naissant, un frisson glacé te parcourt l’échine. Ce matin tu n’as pas la trique. Grondement sourd dans le bas ventre, lourd d’effrayantes promesses. Tu sens le rugissement de cerbère : un hymne bestial.

Ton premier mal naît d’un geste inconscient : Bouger le coude. Et là, c’est le drame. Péristaltique sera la descente. Sphincter, œsophage, acides : Bourreaux barrés aux noms barbares se jouant du repenti bourré. Gargouillis.

Matin. Seul témoin d’une déchéance musclée. Tu fuis l’entourage. Abreuvage. Comme l’espoir soudain d’y échapper. Tu rotes. Soudain tes espoirs de rémission meurent dans l’air, comme l’acide vaporeux du mousseux qui bat ta poitrine.

La fête d’hier était commandée par Dionysos chuchote ta mémoire pleine de plaisirs fugaces.

Hier tu étais en retard. Comme une sensation qui monte du bas ventre, le son te bat les tempes dès le rez-de-chaussée. Félicité promise au troisième étage. Confiance. Ce soir tu es en tête des charts. Tes pensées sont pleines de chattes.
La porte s’ouvre sur une bacchanale.

Battage assourdissant, déhanchements harmoniques sont la promesse d’un lendemain orgasmique. Le taux d’alcoolémie médian crève le plafond, tu humectes tes lèvres, chassant le regard furtif, ivre d’ouvertures, malade d’envie à la recherche de la proie facile. Ce soir tu bois.

Tes intestins ont juré allégeance à Hestia, chuchote ta conscience pleine d’un sadisme salace.

Flou se fait le miroir sans teint de tes espérances brisées sur la cuvette des latrines. Puis, bris de glace. Tout se casse,  ton vieux corps est pris de spasmes. Exhalaison torrentielle, souffle coupé, contractions involontaires, jérémiades abdominales.

Ne pas  se faire remarquer. Tenir le cap. Savoir contrôler son corps. Se reprendre. Mano à Mano.
Face à Face. Distinguer un semblant de portrait dans le gribouillis verdâtre. Se vider de plus belle.

Se courber et espérer voir passer la tempête, puis se remettre en selle. Etendu au sol. Fermez les yeux.  S’imaginer fuir. Imaginer le pire. Ton foie se meurt, tes entrailles s’éraillent, tu entends  comme un écho lointain.

L’histoire d’une prochaine fois sans cesse renouvelée. Alcoolique. Ca n’est pas la dernière. Pour autant te croyais-tu remis ? Tu mens. Et ton petit fondement veut jouer sa partition. Après le tsunami tu t’assois sur le trône pour évacuer l’incendie.

Enfer des illusions de la veille ou paradis des déboires oubliés, Fabien avait raison.

Le purgatoire c’est un putain de lendemain de cuite