Au commencement était l’éloge

J’ai compris depuis longtemps que le tag parfait était impossible à trouver. Ce bâtard c’est un truc furtif. Parfois on en saisit le concept à travers un regard, une attitude, un flow. Rarement dans les pratiques ou dans une catégorie WordPress.

Ce que j’ai encore mis le plus de temps à réaliser (je suis long à la détente), c’est que dans la vie c’est pareil. Les filles comme Sasha Grey, Kristina Rose, Alexis Texas et Stoya ce sont des filles de la vie de tous les jours. Ni plus, ni moins. Quand tu les vois à travers le filtre d’une pellicule , des prises de vues coupées et une couche de 20 cm de maquillage waterproof tu les prend pour des déesses.

Mais en fait si on prenait ta collègue de bureau, ta pote de fac ou ta girl next door de voisine et qu’on leur faisait subir le même traitement cosmétique, elles aussi elles pourraient avoir un AVN Award. C’est bien que, ce qui caractérise le magnétisme de ces filles là se trouve ailleurs…

Tout ça pour dire qu’on peut flasher sur un truc anodin. Sentimentalement ou sexuellement. Le plus grand crush que j’ai eu dans une boîte de nuit, c’était sur une fille à la beauté ingrate mais au charme FOU qui bougeait synchro avec sa pote de manière un peu maladroite, étant donné la sono hip hop, mais c’était trop…

Je sais pas comment finir cette phrase en gardant un semblant de street cred.

Y’a des matins qui t’inspirent d’ouvrir un WordPress après un an de mutisme forcené. Ce matin-là, il y’ avait une fille dans le train. J’ai simplement croisé son regard et j’ai su qu’elle possédait ce truc qui m’obsédait depuis des années et que je m’échinais à chercher dans les paradis artificiels. Elle n’avait pas besoin de faire semblant. Elle avait pas besoin de forcer. Dans le train, y’ a des filles maquillées comme des camions volés mais elle…

C’est comme si elle survolait les débats en se contentant d’être elle-même. Elle n’avait qu’à se contenter d’exister, de condescendre à lâcher un regard en biais sur la meute de chiens affamés qui devait l’accoster chaque jour.

Ces filles on ne les accoste pas. On exulte de leur présence tandis que défilent les paysages, les  visages blasés et la voix éraillée du robot de la SNCF. Les dragueurs ont mauvaise presse (cf les réseaux sociaux), les dragueurs de rue encore plus, les dragueurs du train encore, encore plus.

Une fois un pote m’a confié qu’il était obsédé sexuel, puis il a ajouté: « Moi quand je vois une bonasse dans le train je m’imagine que je lui fais des trucs trop sales. Je sais pas comment vous faîtes les gars! »

Je la regarde. Je l’imagine en train de faire les trucs banals du quotidien: Faire sa lessive, passer à la caisse du supermarché, couper les oignons en émincés dans un petit tablier bien ajusté. Elle n’en est que plus excitante. C’est incroyable.

Quelqu’un pourrait-il susciter un moment SNCF ? J’ai besoin de temps. Je songe à tirer sur la sonnette d’alarme. Comme ça, juste pour susciter une réaction. Qu’elle puisse se dire:

« Y’a un gars il a arrêté le train et quand tout le monde lui a demandé pourquoi, il a dit:

– Madame, je devais arrêter le train car vous êtes tellement belle que ça m’a coupé le souffle. Appelez-moi une ambulance ».

Trop cher, trop ambitieux, j’ai pas les corones.

Ou alors je pourrai profiter d’une n-ième annonce: « Le train a du s’arrêter en raison d’une brindille déposée sur les voies. Veuillez ne pas ouvrir les portes ». Et profiter du hourra naissant pour me poser près d’elle et lui dire, « Alors ça fait quoi ? » et puis elle me répondrait:

« Qu’est-ce que vous voulez dire ?

– Alors ça fait quoi d’être la plus BELLE femme du train ? »

Classique.

Je la regarde. Tout le monde sait qu’il est extrêmement contre-productif de cogiter avant un mouv’. Tout le monde a raison. Je cogite, je suis un cogiteur cogesteur de naissance. D’ailleurs mon cerveau cogite sans arrêt, pendant que je vis ce que je suis en train de vous raconter, je m’étale sur le manque de correspondance ontologique entre la demande sentimentalo-sexuelle des hommes et des femmes et les solutions apportées qu’elles soient sociales, économiques ou algorithmiques….

Mais je vais tout de même pas entamer un nouveau projet web !

Je la regarde encore. Elle penche la tête de côté et plisse les yeux avec malice. L’air de demander plus de précisions à son interlocuteur. Le genre de choses qu’on voit qu’à la télé, sans déconner. Tout est dans le regard les mecs. On s’attarde, on égosille on s’agace sur les seins, sur les fesses et sur l’allure générale de la tête. Mais le vrai game se joue dans le regard. Il a même pas besoin d’être coloré. Après on peut l’accompagner d’artifices genre sourcil faussement méprisant à la Sasha Grey. Excitation garantie, la vie ma race.

Donne moi ton cœur baby, ton corps baby, chantes avec moi je veux une femme like you. Yeah, yeaaah. Que faire ? Mon blog et moi on a passé l’âge de poser les questions. Il est à présent temps d’apporter les réponses.

Et la réponse est… RIEN.

Tout ce que je peux faire c’est enfiler mes écouteurs et écouter Drake en scrutant dehors. Les bâtiments s’enchaînent, passer de la banlieue à paris. Du rêve éveillé à l’infortune. Je me regarde dans le miroir. J’y vois un pâle reflet déformé de moi. Un relent. Dans une vitre, le jour, on est tous des relents de soi-même. Je me promets secrètement de lui accorder ce que mes potes et moi on appelait une filature. A moins que ce ne soit seulement moi.

Mais ma pensée est déjà loin.

Ce sont des choses/résolutions/réflexions de mecs frustrés me dis-je. Une voix susurre en moi. Mec frustré, frustration. Frustration. Quelle est cette déesse au non si terrible ? (mate ce jeu de mot).

Un jour j’ai parlé à la nymphe frustration et voilà ce qu’elle me disait tandis qu’elle jouait avec ses cheveux serpents:

« Le monde n’est qu’une grosse comédie libérale gros. Regarde tout ces gars sur cam4 qui matent la bite à la main. Crois-tu qu’ils soient tous célibataires? Crois-tu qu’ils n’aient jamais goûté au spectacle de la première mouille qui glisse entre les doigts »?

Puis elle a ajouté :

« La quête de l’homme c’est celle du toujours plus. Les hommes et les femmes ne sont rien d’autre que des petits hamsters dans une cage de verre qui courent en faisant du surplace. Le régime libéral, c’est peut être celui qui, au fond, à le plus compris la nature humaine. On est jamais content de ce qu’on a. Que ce soit la situation économique ou la bobonne/le bonobo qu’on a la maison. Toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus haut, plus gros comme les culs de l’époque, plus chatoyant comme les demi-starlettes érigées au rang de héros homériques; voilà ce que le libéralisme t’as promis. M’en veux pas gros, moi je suis juste une guichetière ».

Puis c’en était fini. « L’extension du domaine de la lutte ». C’est ce que j’aurai ajouté si j’avais pas été bouche bée quand elle m’a laissé là comme un con avec le pénis tout flasque. Je ne peux assister qu’impuissant à ce spectacle où la plupart des gens finissent fauchés et seuls. Qu’ils soient en couple ou non car le meilleur moyen d’être seul c’est encore d’être entouré.

Qu’on soit perdu dans les méandres du net ou subjugué dans les transports en communs ou tétanisé en boîte de nuit, voire délaissé(e) par son compagnon: c’est le même combat. Je songe encore à ceux qui payent pour voir des filles s’agiter dans un studio une pièce. A ceux pour qui xhamster est the place to be pour avoir une interaction sociale;  à ceux qui donneraient père-mère-maison-couvée pour soulever des travestis sur coco.fr et à tous les punters du monde. Je songe à ceux pour qui une connexion internet est le sésame pour ouvrir la caverne d’Ali kahba, les mêmes, désintéressés par l’or, au dernier degré. Un clic, un sourire, et de l’argent virtuel éparpillé sur les bits avant que tes petits bonhomme viennent se mêler à la fête, et déjà dame frustration te sert les couilles et te susurre des paroles suaves.

meduse10

Dame Frustration sur son 31

La vie c’est un ensemble de peines, de petites victoires et de cérémonies, mais la plupart du temps elle prend la forme d’une tragédie elliptique. Et nous, pauvres êtres ne sommes que des petites particules, lancées à vives allures pour s’entrechoquer les uns par rapport aux autres. Des petites particules, dans une machine infernale qui s’appelle l’instant.

C’est la raison pour laquelle j’ai écrit cet article. Au départ, je voulais juste décrire une sensation que j’avais éprouvée, puis sans que je m’en rende compte, c’est parti en réflexion sur la frustration à grande échelle. Tandis que j’arrive à gare du Nord et que mes voisins de compartiment me pressent pour que je ferme mon phone, je me rends compte que j’ai totalement zappé la miss.

Il faut prendre un instant fugace pour ce qu’il est : Un instant fugace. Une chose qui nous tombe dessus et qui disparaît aussitôt pour laisser place à un arc-en-ciel aux milliers de couleurs, du genre,  qui te laisse totalement en vrac. Tu vois,  le genre de visions où, une fois que t’es sorti de ta léthargie, tu es tout à fait incapable de décrire avec des mots humains ce que t’as ressenti. La vie humaine est parfois parsemée de ce genre de moments et ce qui en donne la force, c’est l’instantanéité. Si tu me crois pas, demandes à un parent ce qu’il ressent quand il croise le premier regard de son premier né.

Mais alors me vient la réflexion : c’est peut être ce qui donne sa force à la frustration. Peut-être qu’au fond, ce après quoi on court c’est la perpétuelle prolongation d’un instant de bonheur éphémère, issu du passé. La première branlette satisfaisante, est-elle la version idéale de toutes celles qui ont suivies ? Le premier orgasme partagé avec un(e) autre n’est-il qu’une usine à répliquer d’autres expériences sexuelles plus ou moins réussies ?

Et la chasse au partenaire n’est-elle qu’une pâle copie de ces moments de félicité extrême, où on pense trouver en un(e) inconnu(e) la réponse. LA RÉPONSE, à cette question qu’on avait même pas imaginée s’être posé ?

Si tel devait être le cas, alors tout processus industriel pour parvenir à la perpétuation du bonheur est voué à l’échec. Les premiers qui me viennent à l’esprit sont la pornographie, la drague systématique, la drogue et la consommation prostitutionnelle. Ils sont là pour donner du grain à à dame frustration point barre.

Mes amis, je crois qu’au final j’ai bien peur d’avoir grandi.

Car j’ai compris que c’est dans la rareté que les choses étaient vraiment appréciables. Grandir, c’est comprendre que ce qui fait la matrice de notre existence n’est pas censé nous tomber tout droit dans le bec. Grandir, c’est aussi comprendre que, quelle que soit la chose que l’on espère, quel que soit le bonheur pour lequel on se bat, l’intérêt ne réside pas dans le bête satisfaction d’avoir obtenu ce pourquoi on a transpiré.

L’intérêt réside dans le chemin que l’on a parcouru. Nul part ailleurs.

Et il faut vivre. Vivre, non pas dans la quête perpétuelle du passé mais dans la possibilité de s’ouvrir à des momentanés encore plus éclatants.

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