Au commencement était l’éloge

J’ai compris depuis longtemps que le tag parfait était impossible à trouver. Ce bâtard c’est un truc furtif. Parfois on en saisit le concept à travers un regard, une attitude, un flow. Rarement dans les pratiques ou dans une catégorie WordPress.

Ce que j’ai encore mis le plus de temps à réaliser (je suis long à la détente), c’est que dans la vie c’est pareil. Les filles comme Sasha Grey, Kristina Rose, Alexis Texas et Stoya ce sont des filles de la vie de tous les jours. Ni plus, ni moins. Quand tu les vois à travers le filtre d’une pellicule , des prises de vues coupées et une couche de 20 cm de maquillage waterproof tu les prend pour des déesses.

Mais en fait si on prenait ta collègue de bureau, ta pote de fac ou ta girl next door de voisine et qu’on leur faisait subir le même traitement cosmétique, elles aussi elles pourraient avoir un AVN Award. C’est bien que, ce qui caractérise le magnétisme de ces filles là se trouve ailleurs…

Tout ça pour dire qu’on peut flasher sur un truc anodin. Sentimentalement ou sexuellement. Le plus grand crush que j’ai eu dans une boîte de nuit, c’était sur une fille à la beauté ingrate mais au charme FOU qui bougeait synchro avec sa pote de manière un peu maladroite, étant donné la sono hip hop, mais c’était trop…

Je sais pas comment finir cette phrase en gardant un semblant de street cred.

Y’a des matins qui t’inspirent d’ouvrir un WordPress après un an de mutisme forcené. Ce matin-là, il y’ avait une fille dans le train. J’ai simplement croisé son regard et j’ai su qu’elle possédait ce truc qui m’obsédait depuis des années et que je m’échinais à chercher dans les paradis artificiels. Elle n’avait pas besoin de faire semblant. Elle avait pas besoin de forcer. Dans le train, y’ a des filles maquillées comme des camions volés mais elle…

C’est comme si elle survolait les débats en se contentant d’être elle-même. Elle n’avait qu’à se contenter d’exister, de condescendre à lâcher un regard en biais sur la meute de chiens affamés qui devait l’accoster chaque jour.

Ces filles on ne les accoste pas. On exulte de leur présence tandis que défilent les paysages, les  visages blasés et la voix éraillée du robot de la SNCF. Les dragueurs ont mauvaise presse (cf les réseaux sociaux), les dragueurs de rue encore plus, les dragueurs du train encore, encore plus.

Une fois un pote m’a confié qu’il était obsédé sexuel, puis il a ajouté: « Moi quand je vois une bonasse dans le train je m’imagine que je lui fais des trucs trop sales. Je sais pas comment vous faîtes les gars! »

Je la regarde. Je l’imagine en train de faire les trucs banals du quotidien: Faire sa lessive, passer à la caisse du supermarché, couper les oignons en émincés dans un petit tablier bien ajusté. Elle n’en est que plus excitante. C’est incroyable.

Quelqu’un pourrait-il susciter un moment SNCF ? J’ai besoin de temps. Je songe à tirer sur la sonnette d’alarme. Comme ça, juste pour susciter une réaction. Qu’elle puisse se dire:

« Y’a un gars il a arrêté le train et quand tout le monde lui a demandé pourquoi, il a dit:

– Madame, je devais arrêter le train car vous êtes tellement belle que ça m’a coupé le souffle. Appelez-moi une ambulance ».

Trop cher, trop ambitieux, j’ai pas les corones.

Ou alors je pourrai profiter d’une n-ième annonce: « Le train a du s’arrêter en raison d’une brindille déposée sur les voies. Veuillez ne pas ouvrir les portes ». Et profiter du hourra naissant pour me poser près d’elle et lui dire, « Alors ça fait quoi ? » et puis elle me répondrait:

« Qu’est-ce que vous voulez dire ?

– Alors ça fait quoi d’être la plus BELLE femme du train ? »

Classique.

Je la regarde. Tout le monde sait qu’il est extrêmement contre-productif de cogiter avant un mouv’. Tout le monde a raison. Je cogite, je suis un cogiteur cogesteur de naissance. D’ailleurs mon cerveau cogite sans arrêt, pendant que je vis ce que je suis en train de vous raconter, je m’étale sur le manque de correspondance ontologique entre la demande sentimentalo-sexuelle des hommes et des femmes et les solutions apportées qu’elles soient sociales, économiques ou algorithmiques….

Mais je vais tout de même pas entamer un nouveau projet web !

Je la regarde encore. Elle penche la tête de côté et plisse les yeux avec malice. L’air de demander plus de précisions à son interlocuteur. Le genre de choses qu’on voit qu’à la télé, sans déconner. Tout est dans le regard les mecs. On s’attarde, on égosille on s’agace sur les seins, sur les fesses et sur l’allure générale de la tête. Mais le vrai game se joue dans le regard. Il a même pas besoin d’être coloré. Après on peut l’accompagner d’artifices genre sourcil faussement méprisant à la Sasha Grey. Excitation garantie, la vie ma race.

Donne moi ton cœur baby, ton corps baby, chantes avec moi je veux une femme like you. Yeah, yeaaah. Que faire ? Mon blog et moi on a passé l’âge de poser les questions. Il est à présent temps d’apporter les réponses.

Et la réponse est… RIEN.

Tout ce que je peux faire c’est enfiler mes écouteurs et écouter Drake en scrutant dehors. Les bâtiments s’enchaînent, passer de la banlieue à paris. Du rêve éveillé à l’infortune. Je me regarde dans le miroir. J’y vois un pâle reflet déformé de moi. Un relent. Dans une vitre, le jour, on est tous des relents de soi-même. Je me promets secrètement de lui accorder ce que mes potes et moi on appelait une filature. A moins que ce ne soit seulement moi.

Mais ma pensée est déjà loin.

Ce sont des choses/résolutions/réflexions de mecs frustrés me dis-je. Une voix susurre en moi. Mec frustré, frustration. Frustration. Quelle est cette déesse au non si terrible ? (mate ce jeu de mot).

Un jour j’ai parlé à la nymphe frustration et voilà ce qu’elle me disait tandis qu’elle jouait avec ses cheveux serpents:

« Le monde n’est qu’une grosse comédie libérale gros. Regarde tout ces gars sur cam4 qui matent la bite à la main. Crois-tu qu’ils soient tous célibataires? Crois-tu qu’ils n’aient jamais goûté au spectacle de la première mouille qui glisse entre les doigts »?

Puis elle a ajouté :

« La quête de l’homme c’est celle du toujours plus. Les hommes et les femmes ne sont rien d’autre que des petits hamsters dans une cage de verre qui courent en faisant du surplace. Le régime libéral, c’est peut être celui qui, au fond, à le plus compris la nature humaine. On est jamais content de ce qu’on a. Que ce soit la situation économique ou la bobonne/le bonobo qu’on a la maison. Toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus haut, plus gros comme les culs de l’époque, plus chatoyant comme les demi-starlettes érigées au rang de héros homériques; voilà ce que le libéralisme t’as promis. M’en veux pas gros, moi je suis juste une guichetière ».

Puis c’en était fini. « L’extension du domaine de la lutte ». C’est ce que j’aurai ajouté si j’avais pas été bouche bée quand elle m’a laissé là comme un con avec le pénis tout flasque. Je ne peux assister qu’impuissant à ce spectacle où la plupart des gens finissent fauchés et seuls. Qu’ils soient en couple ou non car le meilleur moyen d’être seul c’est encore d’être entouré.

Qu’on soit perdu dans les méandres du net ou subjugué dans les transports en communs ou tétanisé en boîte de nuit, voire délaissé(e) par son compagnon: c’est le même combat. Je songe encore à ceux qui payent pour voir des filles s’agiter dans un studio une pièce. A ceux pour qui xhamster est the place to be pour avoir une interaction sociale;  à ceux qui donneraient père-mère-maison-couvée pour soulever des travestis sur coco.fr et à tous les punters du monde. Je songe à ceux pour qui une connexion internet est le sésame pour ouvrir la caverne d’Ali kahba, les mêmes, désintéressés par l’or, au dernier degré. Un clic, un sourire, et de l’argent virtuel éparpillé sur les bits avant que tes petits bonhomme viennent se mêler à la fête, et déjà dame frustration te sert les couilles et te susurre des paroles suaves.

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Dame Frustration sur son 31

La vie c’est un ensemble de peines, de petites victoires et de cérémonies, mais la plupart du temps elle prend la forme d’une tragédie elliptique. Et nous, pauvres êtres ne sommes que des petites particules, lancées à vives allures pour s’entrechoquer les uns par rapport aux autres. Des petites particules, dans une machine infernale qui s’appelle l’instant.

C’est la raison pour laquelle j’ai écrit cet article. Au départ, je voulais juste décrire une sensation que j’avais éprouvée, puis sans que je m’en rende compte, c’est parti en réflexion sur la frustration à grande échelle. Tandis que j’arrive à gare du Nord et que mes voisins de compartiment me pressent pour que je ferme mon phone, je me rends compte que j’ai totalement zappé la miss.

Il faut prendre un instant fugace pour ce qu’il est : Un instant fugace. Une chose qui nous tombe dessus et qui disparaît aussitôt pour laisser place à un arc-en-ciel aux milliers de couleurs, du genre,  qui te laisse totalement en vrac. Tu vois,  le genre de visions où, une fois que t’es sorti de ta léthargie, tu es tout à fait incapable de décrire avec des mots humains ce que t’as ressenti. La vie humaine est parfois parsemée de ce genre de moments et ce qui en donne la force, c’est l’instantanéité. Si tu me crois pas, demandes à un parent ce qu’il ressent quand il croise le premier regard de son premier né.

Mais alors me vient la réflexion : c’est peut être ce qui donne sa force à la frustration. Peut-être qu’au fond, ce après quoi on court c’est la perpétuelle prolongation d’un instant de bonheur éphémère, issu du passé. La première branlette satisfaisante, est-elle la version idéale de toutes celles qui ont suivies ? Le premier orgasme partagé avec un(e) autre n’est-il qu’une usine à répliquer d’autres expériences sexuelles plus ou moins réussies ?

Et la chasse au partenaire n’est-elle qu’une pâle copie de ces moments de félicité extrême, où on pense trouver en un(e) inconnu(e) la réponse. LA RÉPONSE, à cette question qu’on avait même pas imaginée s’être posé ?

Si tel devait être le cas, alors tout processus industriel pour parvenir à la perpétuation du bonheur est voué à l’échec. Les premiers qui me viennent à l’esprit sont la pornographie, la drague systématique, la drogue et la consommation prostitutionnelle. Ils sont là pour donner du grain à à dame frustration point barre.

Mes amis, je crois qu’au final j’ai bien peur d’avoir grandi.

Car j’ai compris que c’est dans la rareté que les choses étaient vraiment appréciables. Grandir, c’est comprendre que ce qui fait la matrice de notre existence n’est pas censé nous tomber tout droit dans le bec. Grandir, c’est aussi comprendre que, quelle que soit la chose que l’on espère, quel que soit le bonheur pour lequel on se bat, l’intérêt ne réside pas dans le bête satisfaction d’avoir obtenu ce pourquoi on a transpiré.

L’intérêt réside dans le chemin que l’on a parcouru. Nul part ailleurs.

Et il faut vivre. Vivre, non pas dans la quête perpétuelle du passé mais dans la possibilité de s’ouvrir à des momentanés encore plus éclatants.

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Je ne suis pas Charlie…et je t’emmerde

Cette article fait directement suite à mon article précédent sur l’influence (délétère) des trois grandes religions monothéistes. Je me suis longtemps posé la question de savoir si je devais être Charlie ou pas. C’est pourquoi je réagis maintenant, privilégiant le fait de vivre les évènements avant de les écrire.

Ça s’appelle le recul.

Je n’ai pas manifesté le 11 janvier. Je n’ai pas été saisi d’un esprit républicain qui m’a fait lever les bras en l’air et crier pull up pendant les discours éculés de la classe politique. De tous ceux que je côtoie, personne n’est allé manifester. Que ce soit mes frères qui sont bien moins rageux et bien plus « intégrés » que je ne l’étais à l’époque ou mes amis.

Alors je me suis posé la question : Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l’incarnation suprême de la liberté d’expression, comme l’a déclaré le Président de la République ? Le fait d’être un agnostique revendiqué me rapproche t-il des positions de ce journal laïc ?

Disons les choses comme elles sont. Les caricatures publiées dans Charlie Hebdo me sont très vite apparues de mauvais goût. Dans la majorité des caricatures sur l’islam, j’ai l’impression qu’il s’agissait plus de surenchère pour courir le lecteur que d’une critique envers l’extrémisme religieux. Franchement, il y’ a beaucoup à dire sur l’islam mais représenter un prophète (dont toute représentation picturale est interdite) avec une bombe sur la tête ? Vous imaginez la violence que ça peut être pour des gens qui vivent leur foi au quotidien ?

Je parle de l’islam comme j’aurai pu parler des catholiques.  Voir Benoît XVI grimé en prêtre lubrique prêt à sodomiser des enfants c’est plus que limite. Les gars de Charlie n’ont pas su faire la différence entre une insulte et l’expression d’une libre pensée. Ils ont terriblement manqué de psychologie et ça leur a malheureusement coûté la vie.

Et puis ces histoires de liberté d’expression à géométrie variable ça me fait bien rire.

Charlie s’est moqué des chrétiens, Charlie s’est moqué des musulmans, parfois, des juifs ; toutefois, je ne les imagine pas une seule seconde publier une caricature présentant le prophète Moïse, avec une kippa et des franges rituelles, sous la forme d’un usurier à l’air roublard, installé au coin d’une rue à taxer du fric aux travailleurs pauvres.

On ne peut pas s’ accommoder d’un côté, de l’interdiction faite à Dieudonné d’exprimer sa « critique » et ses « plaisanteries » à l’encontre des juifs puis de l’autre cautionner les tonnes de mollards déversés sur les musulmans et leur foi. Si on trouve que la tenue d’un spectacle privé est un trouble à l’ordre public, comment penser que l’humiliation du personnage central d’une religion, humiliation qui a incité des millions de personnes à manifester à travers le monde, n’en est pas une ?

♫ C'est rien, c'est rien...ça va pas bien loin ♫

♫ C’est rien, c’est rien…ça va pas bien loin ♫

Le jour des attentats commis par les trois tarés criminels, est parue, sous le titre : Soumission, « La France musulmane » le dernier opus de Michel Houellebecq.  Un bestseller ! Le parallèle avec le livre  La France juive publié par Edouard Drumont en 1886 est saisissant. Ces deux livres, chacun en son temps, ont bénéficié d’une large et chaleureuse réception. Quelle est la différence entre les deux ? Houellebecq sait qu’au début du 21ème siècle, il est interdit d’agiter une menace juive, mais qu’il est bien admis de vendre des livres faisant état de la menace musulmane. Alain Soral, moins futé, n’a pas encore compris cela, et de ce fait, il s’est marginalisé dans les médias… Houellebecq, en revanche, a été invité, avec tous les honneurs, au journal de 20 heures sur la chaine de télévision du service public, à la veille de la sortie de son livre qui participe à la diffusion de la haine et de la peur, tout autant que les écrits pervers de Alain Soral.

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Je préçise que je ne suis ni pro-Dieudonné, ni Soralien mais je pense que Alain Soral est à la critique de la communauté juive exactement ce qu’un Eric Zemmour est à la critique de la communauté musulmane. L’un et l’autre tombent d’ailleurs trop facilement dans les approximations et les « caricatures » (le mot est bien choisi). Ceci dit, quand l’un (Soral) subit l’ostracisme de la classe médiatique, l’autre (Zemmour) est une star incontestée du paysage audiovisuel français. Méditez bien la dessus: Les musulmans aujourd’hui c’est un peu les juifs des années 30 et Charlie ne faisait que surfer sur la vague. Point à la ligne.

Racolage Passif

Racolage Passif

Je ne suis pas Charlie et je ne crois pas  à l’union nationale décrétée par le Président. Tous simplement parce que les politiques sont en partie responsables de la situation actuelle.  Quand les américains violent l’Irak sans préservatif et laissent le pays en proie au chaos, à la corruption et aux exactions d’une minorité sur la population pauvre… On accouche de Daesh moins d’une décennie plus tard.

Quand Sarkozy et son grand pote BHL décident, comme ça sur un coup de tête, après le petit dej’, de saccager le gouvernement libyen, sans proposer la moindre alternative crédible, on débouche sur la chaos actuel, où les islamistes ont toutes les marches de manœuvre pour recruter et faire péter des bombes un peu partout.

Quand on parque une population arabo-musulmane, pauvre, non éduquée dans des ghettos sans accès à l’éducation, sans accès à la culture, sans accès à l’ascension économique et sans espoir que la vie puisse s’améliorer dans les voies légales; on accouche de toute une génération de mecs et meufs baisés, sans espoir, sans avenir, sans projets et dont la seule possibilité d’intégration ne passe pas par la république, la démocratie, le peuple, toutes ces notions vagues et hypothétiques comme des pets de poules.

Quand toute forme d’espoir disparaît, l’âme n’est qu’une flamme qui consume le corps et l’esprit. L’être n’est plus qu’une boussole cassée, condamné à tourner en rond et à reculer jusqu’à la chute finale. A la recherche de souffle, l’échappatoire apparaît alors comme le plus petit commun dénominateur : La religion. Pas traditionnelle et faîte de cérémonies et de petites satisfactions comme celle de nos pères. Mais brutale, violente, acérée et ardente comme celle enseignée dans la promiscuité d’une cave délabrée. Comment calmer le feu intérieur ?

Vous avez une part de responsabilité dans le fait qu’ils soient islamistes.

Je suis aussi de cette génération sans rêves pour qui l’espoir est un vilain mot et la république comme la réminiscence d’une  nostalgie tellement enfouie qu’on a l’impression de ne pas l’avoir vécue. Seulement j’ai substitué la kalachnikov par une plume acérée, incisive et pertinente.

Je ne suis pas Charlie et surtout je t’emmerde.

Triturez vous l’anus tant que vous voulez mais seulement ne me demandez pas de vous lécher les doigts.

 

L’état n’aime pas les internautes

J’ai toujours eu une sorte de fascination morbide pour la politique et les politiciens. Bon ils me débectent.  Mais je ne peux m’empêcher de les observer, tel le coup d’œil qu’on jette en biais dans  la cuvette après une diarrhée de mauvaise facture ; et j’ai constaté, en les observant, que pour les politiciens la parole est très souvent synonyme d’action,  l’énoncé prend valeur de vérité parce qu’il est énoncé. Le politicien est le tout puissant dont la parole ne saurait être remise en doute. Comme disait Julien Alexandre sur le blog de Paul Jorion :

« Pour arracher le pouvoir au monarque de droit divin, il a bien fallu que ses remplaçants se déclarent aussi sages et informés que lui. La représentation du peuple par ses élites incarne par définition la sagesse infaillible. La république était nominalement parfaite puisqu’elle n’avait aucune alternative réelle comme le régime qu’elle a remplacé.»

Les discours politiques ne reflètent pas toujours la réalité et quand ils veulent prendre un tour liberticide, ils tournent souvent à la manipulation et à la caricature. Je vais me concentrer sur un domaine particulièrement parlant : Internet.  Ainsi il n’y pas si longtemps un sage de l’ère numérique nommé Frédéric Lefebvre déclarait :

«L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde?»

Internet : la valeur anxiogène par excellence. L’exutoire des volontés brisées devant la croissance incessante d’une bête sauvage et incontrôlable. Ils sont nombreux à avoir voulu lui jeter la bride : Nicolas Sarkozy, Christine Albanel, Frédéric Mitterrand, Eric Ciotti et même les grands penseurs de notre époque (sic) comme Jacques Séguéla et Amanda Lear. Pour eux, Internet n’est qu’un système dont on doit à tout prix assurer la régulation si ce n’est l’interdiction :

« sur les sites de streaming, l’idéologie du partage, c’est l’idéologie de l’argent : je vole d’un côté et je vends de l’autre. Personne ne peut soutenir cela » (Nicolas Sarkozy), «  cinq gus dans un garage qui font des mails à la chaîne » (Christine Albanel à propos de la quadrature du net), « utopie libertaire » (Frédéric Mitterrand), « la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes » (Jacques Séguéla), « Je rêve qu’on interdise internet » (Amanda).

De l’autre côté il y’a les internautes. Les internautes, soutiennent un monde qui fout le système en l’air. Ici, la parole du politique peut être décortiquée, critiquée, contestée, bafouée, vendangée, déformée. L’internaute n’a pas de temps de cervelles à griller sur Tf1 mais surtout il est plus qu’un numéro sur une liste électorale, plus qu’un citoyen blasé qu’on interpelle un jour de pluie pour lui serrer mollement la main tandis qu’on hoche la tête sur ses doléances. Le peuple d’internet c’est le peuple en concentré. Le peuple en plus impulsif,  il exprime parfois ses plus bas instincts sous couvert de l’anonymat. Il est matérialiste, entièrement tourné vers l’instant, l’immédiat. Il est brut, naturel, spontané. Le gouvernant est froid par essence, distant. Il sait que le pouvoir est un sac de nœuds qu’on ne pourra jamais rendre tout à fait lisse mais dont il faut extraire la forme la moins abjecte. Le monde d’internet est un océan de possibilités une parole à prendre, un coup de gueule à pousser.

Il existe une certaine forme de barbarie sur internet. C’est un champ d’herbes sauvages où émergent çà et là des arbustes aux contours parfaits. C’est l’ordre dans la cacophonie des désordres, on constate d’ailleurs que les sites, forums et systèmes n’y existent que hiérarchisés et même un système comme Wikipedia, qui est fondé sur une certaine forme d’anarchie, ne se maintient que parce que cette anarchie est régulée par un nombre significatif de bénévoles. Face à la figure tutélaire, aristocratique et autoritaire de notre démocratie il y’a comme une dissonance. Un état fort, une collusion avec la presse vieille de plusieurs siècles, des lobbys, une méritocratie assise sur un régime pernicieux de privilèges couplée à des idéaux bien fixés aux jambières, telle est la France telle que la gouvernant la sait et la sent. Législatif, exécutif, judiciaire, journalistique, quatre pouvoirs. Internet est le cinquième pouvoir qui émerge telle une cinquième roue du carrosse.

L’état n’aime pas les internautes. Ses représentants ne parlent d’internet que pour en souligner les méfaits. En période électorale, notre président, complètement à la ramasse dans les sondages n’a rien trouvé de mieux que de vilipender le streaming. Une technologie. Comme si c’est la possibilité même du crime qui était répréhensible via cette technologie, plutôt que le crime lui-même. C’est emblématique de la folie furieuse de nos gouvernants en ce qui concerne un simple moyen de communication. La psychose maniaco-législative bat son plein dans un même panier où l’entrepreneur côtoie le mafieux, le membre de Facebook ajoute le violeur et l’étudiant jongle entre la lecture du huffington post et la vision d’images pédopornographiques.

Face à cette amas d’épithètes me vient la question suivante : Et les zoophiles ? Je ressens comme une discrimination à l’égard de cette fraction de la population qui, comme celle des nécrophiles, est injustement bafouée et ignorée dans le concert des lieux communs et des stéréotypes.

Non. Non. L’état n’aime pas les internautes. L’internaute est  l’acteur du saccagement permanent. Pourfendeur de la culture, rétif à la notion sacro-sainte de propriété privée, apôtre d’un monde incompréhensible et indomptable, ou on perd le plaisir de lire, où on perd la force d’agir. L’internaute est vu comme un insensible. Affamé et sensuel que seul le pillage éveille, il est ignoble et indifférent, il est le l’antithèse et le cauchemar de la société de consommation. Il ne s’arrête pas, il ne contemple pas et ses seules limites sont données par sa bande passante. Nulle appréciation du travail fourni, nul culte de l’effort, nulle beauté appréciée pour ce qu’elle est : J’aime, je clique, je prends tel le nouveau triptyque de sa religion impie. Un véritable cauchemar.

« Brider, brider, brideeeeeer !!! » tel est le cri que pousse le gouvernant quand il se lève précipitamment dans la nuit noire. Il a peur, il se signe, il s’absout dans des lois absurdes.

L’état n’est qu’un faux prophète qui endort la populace avec un pipeau. Il couvre ses bonnes intentions nauséabondes sous une avalanche avariée de bons sentiments et de mots barbares : DADVSI et son unique condamnation, Hadopi  qui a fait de Google la star du ddl pirate, loppsi grâce à qui les réseaux pédopornographiques peuvent se frotter les mains. C’est un enfant qui s’agite en vain dans une chambre de porcelaine. Un enfant, dont la baby sitter névrosée s’appelle…  major.

Internet sans anonymat et avec un total contrôle sur les données échangées n’est pas internet et ça n’est pas pour demain. A toutes les majors de toutes sorte, car c’est vous qui dirigez en sous-mains cette mascarade, vous qui traitez les parlementaires  comme les pétasses sur-maquillées d’une bande de lascars en rut, j’aimerai  vous dire ceci : Vous avez perdu la bataille.

Vous avez perdu la bataille depuis longtemps car vous n’avez pas su vous adapter à l’évolution technologique.
Vous vendiez des CD à 15 euros à l’époque de Napster.
Vous continuez aujourd’hui alors qu’on a tous compris qu’un CD avait plus de valeur en tant que partenaire sexuel qu’en tant que media crédible.

Pour justifier les fermetures d’entreprises et les délocalisations certains font appel à la notion de destruction créatrice établie par Schumpeter. Ce qui s’applique aux membres les plus fragiles de la population devrait aussi concerner les grosses industries sans que l’état vienne torcher les fesses de qui que ce soit avec des lois liberticides.

L’état arrivera-t-il à comprendre les internautes ? Peut-être un jour comprendra-t-il qu’internet, malgré ses mauvais côtés est une véritable avancée pour l’ensemble de la société. Peut-être comprendra-t-il qu’il peut exercer sa violence légale sans renier ses principes les plus fondamentaux. Peut-être comprendra-t-il que la technique du gun sur la tempe pour assurer nos libertés avec assurance : « Ne vous en faîtes pas on ne va pas tirer » n’est pas un vrai gage de sécurité. La liberté n’est pas quelque chose d’acquis mais un combat de tous les instants. L’état apprendra-t-il tout simplement à nous connaître ?
Mouai.

On a le droit de rêver. En vérité je vous le dis. La bataille ne fait que commencer.