Au commencement était l’éloge

J’ai compris depuis longtemps que le tag parfait était impossible à trouver. Ce bâtard c’est un truc furtif. Parfois on en saisit le concept à travers un regard, une attitude, un flow. Rarement dans les pratiques ou dans une catégorie WordPress.

Ce que j’ai encore mis le plus de temps à réaliser (je suis long à la détente), c’est que dans la vie c’est pareil. Les filles comme Sasha Grey, Kristina Rose, Alexis Texas et Stoya ce sont des filles de la vie de tous les jours. Ni plus, ni moins. Quand tu les vois à travers le filtre d’une pellicule , des prises de vues coupées et une couche de 20 cm de maquillage waterproof tu les prend pour des déesses.

Mais en fait si on prenait ta collègue de bureau, ta pote de fac ou ta girl next door de voisine et qu’on leur faisait subir le même traitement cosmétique, elles aussi elles pourraient avoir un AVN Award. C’est bien que, ce qui caractérise le magnétisme de ces filles là se trouve ailleurs…

Tout ça pour dire qu’on peut flasher sur un truc anodin. Sentimentalement ou sexuellement. Le plus grand crush que j’ai eu dans une boîte de nuit, c’était sur une fille à la beauté ingrate mais au charme FOU qui bougeait synchro avec sa pote de manière un peu maladroite, étant donné la sono hip hop, mais c’était trop…

Je sais pas comment finir cette phrase en gardant un semblant de street cred.

Y’a des matins qui t’inspirent d’ouvrir un WordPress après un an de mutisme forcené. Ce matin-là, il y’ avait une fille dans le train. J’ai simplement croisé son regard et j’ai su qu’elle possédait ce truc qui m’obsédait depuis des années et que je m’échinais à chercher dans les paradis artificiels. Elle n’avait pas besoin de faire semblant. Elle avait pas besoin de forcer. Dans le train, y’ a des filles maquillées comme des camions volés mais elle…

C’est comme si elle survolait les débats en se contentant d’être elle-même. Elle n’avait qu’à se contenter d’exister, de condescendre à lâcher un regard en biais sur la meute de chiens affamés qui devait l’accoster chaque jour.

Ces filles on ne les accoste pas. On exulte de leur présence tandis que défilent les paysages, les  visages blasés et la voix éraillée du robot de la SNCF. Les dragueurs ont mauvaise presse (cf les réseaux sociaux), les dragueurs de rue encore plus, les dragueurs du train encore, encore plus.

Une fois un pote m’a confié qu’il était obsédé sexuel, puis il a ajouté: « Moi quand je vois une bonasse dans le train je m’imagine que je lui fais des trucs trop sales. Je sais pas comment vous faîtes les gars! »

Je la regarde. Je l’imagine en train de faire les trucs banals du quotidien: Faire sa lessive, passer à la caisse du supermarché, couper les oignons en émincés dans un petit tablier bien ajusté. Elle n’en est que plus excitante. C’est incroyable.

Quelqu’un pourrait-il susciter un moment SNCF ? J’ai besoin de temps. Je songe à tirer sur la sonnette d’alarme. Comme ça, juste pour susciter une réaction. Qu’elle puisse se dire:

« Y’a un gars il a arrêté le train et quand tout le monde lui a demandé pourquoi, il a dit:

– Madame, je devais arrêter le train car vous êtes tellement belle que ça m’a coupé le souffle. Appelez-moi une ambulance ».

Trop cher, trop ambitieux, j’ai pas les corones.

Ou alors je pourrai profiter d’une n-ième annonce: « Le train a du s’arrêter en raison d’une brindille déposée sur les voies. Veuillez ne pas ouvrir les portes ». Et profiter du hourra naissant pour me poser près d’elle et lui dire, « Alors ça fait quoi ? » et puis elle me répondrait:

« Qu’est-ce que vous voulez dire ?

– Alors ça fait quoi d’être la plus BELLE femme du train ? »

Classique.

Je la regarde. Tout le monde sait qu’il est extrêmement contre-productif de cogiter avant un mouv’. Tout le monde a raison. Je cogite, je suis un cogiteur cogesteur de naissance. D’ailleurs mon cerveau cogite sans arrêt, pendant que je vis ce que je suis en train de vous raconter, je m’étale sur le manque de correspondance ontologique entre la demande sentimentalo-sexuelle des hommes et des femmes et les solutions apportées qu’elles soient sociales, économiques ou algorithmiques….

Mais je vais tout de même pas entamer un nouveau projet web !

Je la regarde encore. Elle penche la tête de côté et plisse les yeux avec malice. L’air de demander plus de précisions à son interlocuteur. Le genre de choses qu’on voit qu’à la télé, sans déconner. Tout est dans le regard les mecs. On s’attarde, on égosille on s’agace sur les seins, sur les fesses et sur l’allure générale de la tête. Mais le vrai game se joue dans le regard. Il a même pas besoin d’être coloré. Après on peut l’accompagner d’artifices genre sourcil faussement méprisant à la Sasha Grey. Excitation garantie, la vie ma race.

Donne moi ton cœur baby, ton corps baby, chantes avec moi je veux une femme like you. Yeah, yeaaah. Que faire ? Mon blog et moi on a passé l’âge de poser les questions. Il est à présent temps d’apporter les réponses.

Et la réponse est… RIEN.

Tout ce que je peux faire c’est enfiler mes écouteurs et écouter Drake en scrutant dehors. Les bâtiments s’enchaînent, passer de la banlieue à paris. Du rêve éveillé à l’infortune. Je me regarde dans le miroir. J’y vois un pâle reflet déformé de moi. Un relent. Dans une vitre, le jour, on est tous des relents de soi-même. Je me promets secrètement de lui accorder ce que mes potes et moi on appelait une filature. A moins que ce ne soit seulement moi.

Mais ma pensée est déjà loin.

Ce sont des choses/résolutions/réflexions de mecs frustrés me dis-je. Une voix susurre en moi. Mec frustré, frustration. Frustration. Quelle est cette déesse au non si terrible ? (mate ce jeu de mot).

Un jour j’ai parlé à la nymphe frustration et voilà ce qu’elle me disait tandis qu’elle jouait avec ses cheveux serpents:

« Le monde n’est qu’une grosse comédie libérale gros. Regarde tout ces gars sur cam4 qui matent la bite à la main. Crois-tu qu’ils soient tous célibataires? Crois-tu qu’ils n’aient jamais goûté au spectacle de la première mouille qui glisse entre les doigts »?

Puis elle a ajouté :

« La quête de l’homme c’est celle du toujours plus. Les hommes et les femmes ne sont rien d’autre que des petits hamsters dans une cage de verre qui courent en faisant du surplace. Le régime libéral, c’est peut être celui qui, au fond, à le plus compris la nature humaine. On est jamais content de ce qu’on a. Que ce soit la situation économique ou la bobonne/le bonobo qu’on a la maison. Toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus haut, plus gros comme les culs de l’époque, plus chatoyant comme les demi-starlettes érigées au rang de héros homériques; voilà ce que le libéralisme t’as promis. M’en veux pas gros, moi je suis juste une guichetière ».

Puis c’en était fini. « L’extension du domaine de la lutte ». C’est ce que j’aurai ajouté si j’avais pas été bouche bée quand elle m’a laissé là comme un con avec le pénis tout flasque. Je ne peux assister qu’impuissant à ce spectacle où la plupart des gens finissent fauchés et seuls. Qu’ils soient en couple ou non car le meilleur moyen d’être seul c’est encore d’être entouré.

Qu’on soit perdu dans les méandres du net ou subjugué dans les transports en communs ou tétanisé en boîte de nuit, voire délaissé(e) par son compagnon: c’est le même combat. Je songe encore à ceux qui payent pour voir des filles s’agiter dans un studio une pièce. A ceux pour qui xhamster est the place to be pour avoir une interaction sociale;  à ceux qui donneraient père-mère-maison-couvée pour soulever des travestis sur coco.fr et à tous les punters du monde. Je songe à ceux pour qui une connexion internet est le sésame pour ouvrir la caverne d’Ali kahba, les mêmes, désintéressés par l’or, au dernier degré. Un clic, un sourire, et de l’argent virtuel éparpillé sur les bits avant que tes petits bonhomme viennent se mêler à la fête, et déjà dame frustration te sert les couilles et te susurre des paroles suaves.

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Dame Frustration sur son 31

La vie c’est un ensemble de peines, de petites victoires et de cérémonies, mais la plupart du temps elle prend la forme d’une tragédie elliptique. Et nous, pauvres êtres ne sommes que des petites particules, lancées à vives allures pour s’entrechoquer les uns par rapport aux autres. Des petites particules, dans une machine infernale qui s’appelle l’instant.

C’est la raison pour laquelle j’ai écrit cet article. Au départ, je voulais juste décrire une sensation que j’avais éprouvée, puis sans que je m’en rende compte, c’est parti en réflexion sur la frustration à grande échelle. Tandis que j’arrive à gare du Nord et que mes voisins de compartiment me pressent pour que je ferme mon phone, je me rends compte que j’ai totalement zappé la miss.

Il faut prendre un instant fugace pour ce qu’il est : Un instant fugace. Une chose qui nous tombe dessus et qui disparaît aussitôt pour laisser place à un arc-en-ciel aux milliers de couleurs, du genre,  qui te laisse totalement en vrac. Tu vois,  le genre de visions où, une fois que t’es sorti de ta léthargie, tu es tout à fait incapable de décrire avec des mots humains ce que t’as ressenti. La vie humaine est parfois parsemée de ce genre de moments et ce qui en donne la force, c’est l’instantanéité. Si tu me crois pas, demandes à un parent ce qu’il ressent quand il croise le premier regard de son premier né.

Mais alors me vient la réflexion : c’est peut être ce qui donne sa force à la frustration. Peut-être qu’au fond, ce après quoi on court c’est la perpétuelle prolongation d’un instant de bonheur éphémère, issu du passé. La première branlette satisfaisante, est-elle la version idéale de toutes celles qui ont suivies ? Le premier orgasme partagé avec un(e) autre n’est-il qu’une usine à répliquer d’autres expériences sexuelles plus ou moins réussies ?

Et la chasse au partenaire n’est-elle qu’une pâle copie de ces moments de félicité extrême, où on pense trouver en un(e) inconnu(e) la réponse. LA RÉPONSE, à cette question qu’on avait même pas imaginée s’être posé ?

Si tel devait être le cas, alors tout processus industriel pour parvenir à la perpétuation du bonheur est voué à l’échec. Les premiers qui me viennent à l’esprit sont la pornographie, la drague systématique, la drogue et la consommation prostitutionnelle. Ils sont là pour donner du grain à à dame frustration point barre.

Mes amis, je crois qu’au final j’ai bien peur d’avoir grandi.

Car j’ai compris que c’est dans la rareté que les choses étaient vraiment appréciables. Grandir, c’est comprendre que ce qui fait la matrice de notre existence n’est pas censé nous tomber tout droit dans le bec. Grandir, c’est aussi comprendre que, quelle que soit la chose que l’on espère, quel que soit le bonheur pour lequel on se bat, l’intérêt ne réside pas dans le bête satisfaction d’avoir obtenu ce pourquoi on a transpiré.

L’intérêt réside dans le chemin que l’on a parcouru. Nul part ailleurs.

Et il faut vivre. Vivre, non pas dans la quête perpétuelle du passé mais dans la possibilité de s’ouvrir à des momentanés encore plus éclatants.

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Je ne suis pas Charlie…et je t’emmerde

Cette article fait directement suite à mon article précédent sur l’influence (délétère) des trois grandes religions monothéistes. Je me suis longtemps posé la question de savoir si je devais être Charlie ou pas. C’est pourquoi je réagis maintenant, privilégiant le fait de vivre les évènements avant de les écrire.

Ça s’appelle le recul.

Je n’ai pas manifesté le 11 janvier. Je n’ai pas été saisi d’un esprit républicain qui m’a fait lever les bras en l’air et crier pull up pendant les discours éculés de la classe politique. De tous ceux que je côtoie, personne n’est allé manifester. Que ce soit mes frères qui sont bien moins rageux et bien plus « intégrés » que je ne l’étais à l’époque ou mes amis.

Alors je me suis posé la question : Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l’incarnation suprême de la liberté d’expression, comme l’a déclaré le Président de la République ? Le fait d’être un agnostique revendiqué me rapproche t-il des positions de ce journal laïc ?

Disons les choses comme elles sont. Les caricatures publiées dans Charlie Hebdo me sont très vite apparues de mauvais goût. Dans la majorité des caricatures sur l’islam, j’ai l’impression qu’il s’agissait plus de surenchère pour courir le lecteur que d’une critique envers l’extrémisme religieux. Franchement, il y’ a beaucoup à dire sur l’islam mais représenter un prophète (dont toute représentation picturale est interdite) avec une bombe sur la tête ? Vous imaginez la violence que ça peut être pour des gens qui vivent leur foi au quotidien ?

Je parle de l’islam comme j’aurai pu parler des catholiques.  Voir Benoît XVI grimé en prêtre lubrique prêt à sodomiser des enfants c’est plus que limite. Les gars de Charlie n’ont pas su faire la différence entre une insulte et l’expression d’une libre pensée. Ils ont terriblement manqué de psychologie et ça leur a malheureusement coûté la vie.

Et puis ces histoires de liberté d’expression à géométrie variable ça me fait bien rire.

Charlie s’est moqué des chrétiens, Charlie s’est moqué des musulmans, parfois, des juifs ; toutefois, je ne les imagine pas une seule seconde publier une caricature présentant le prophète Moïse, avec une kippa et des franges rituelles, sous la forme d’un usurier à l’air roublard, installé au coin d’une rue à taxer du fric aux travailleurs pauvres.

On ne peut pas s’ accommoder d’un côté, de l’interdiction faite à Dieudonné d’exprimer sa « critique » et ses « plaisanteries » à l’encontre des juifs puis de l’autre cautionner les tonnes de mollards déversés sur les musulmans et leur foi. Si on trouve que la tenue d’un spectacle privé est un trouble à l’ordre public, comment penser que l’humiliation du personnage central d’une religion, humiliation qui a incité des millions de personnes à manifester à travers le monde, n’en est pas une ?

♫ C'est rien, c'est rien...ça va pas bien loin ♫

♫ C’est rien, c’est rien…ça va pas bien loin ♫

Le jour des attentats commis par les trois tarés criminels, est parue, sous le titre : Soumission, « La France musulmane » le dernier opus de Michel Houellebecq.  Un bestseller ! Le parallèle avec le livre  La France juive publié par Edouard Drumont en 1886 est saisissant. Ces deux livres, chacun en son temps, ont bénéficié d’une large et chaleureuse réception. Quelle est la différence entre les deux ? Houellebecq sait qu’au début du 21ème siècle, il est interdit d’agiter une menace juive, mais qu’il est bien admis de vendre des livres faisant état de la menace musulmane. Alain Soral, moins futé, n’a pas encore compris cela, et de ce fait, il s’est marginalisé dans les médias… Houellebecq, en revanche, a été invité, avec tous les honneurs, au journal de 20 heures sur la chaine de télévision du service public, à la veille de la sortie de son livre qui participe à la diffusion de la haine et de la peur, tout autant que les écrits pervers de Alain Soral.

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Je préçise que je ne suis ni pro-Dieudonné, ni Soralien mais je pense que Alain Soral est à la critique de la communauté juive exactement ce qu’un Eric Zemmour est à la critique de la communauté musulmane. L’un et l’autre tombent d’ailleurs trop facilement dans les approximations et les « caricatures » (le mot est bien choisi). Ceci dit, quand l’un (Soral) subit l’ostracisme de la classe médiatique, l’autre (Zemmour) est une star incontestée du paysage audiovisuel français. Méditez bien la dessus: Les musulmans aujourd’hui c’est un peu les juifs des années 30 et Charlie ne faisait que surfer sur la vague. Point à la ligne.

Racolage Passif

Racolage Passif

Je ne suis pas Charlie et je ne crois pas  à l’union nationale décrétée par le Président. Tous simplement parce que les politiques sont en partie responsables de la situation actuelle.  Quand les américains violent l’Irak sans préservatif et laissent le pays en proie au chaos, à la corruption et aux exactions d’une minorité sur la population pauvre… On accouche de Daesh moins d’une décennie plus tard.

Quand Sarkozy et son grand pote BHL décident, comme ça sur un coup de tête, après le petit dej’, de saccager le gouvernement libyen, sans proposer la moindre alternative crédible, on débouche sur la chaos actuel, où les islamistes ont toutes les marches de manœuvre pour recruter et faire péter des bombes un peu partout.

Quand on parque une population arabo-musulmane, pauvre, non éduquée dans des ghettos sans accès à l’éducation, sans accès à la culture, sans accès à l’ascension économique et sans espoir que la vie puisse s’améliorer dans les voies légales; on accouche de toute une génération de mecs et meufs baisés, sans espoir, sans avenir, sans projets et dont la seule possibilité d’intégration ne passe pas par la république, la démocratie, le peuple, toutes ces notions vagues et hypothétiques comme des pets de poules.

Quand toute forme d’espoir disparaît, l’âme n’est qu’une flamme qui consume le corps et l’esprit. L’être n’est plus qu’une boussole cassée, condamné à tourner en rond et à reculer jusqu’à la chute finale. A la recherche de souffle, l’échappatoire apparaît alors comme le plus petit commun dénominateur : La religion. Pas traditionnelle et faîte de cérémonies et de petites satisfactions comme celle de nos pères. Mais brutale, violente, acérée et ardente comme celle enseignée dans la promiscuité d’une cave délabrée. Comment calmer le feu intérieur ?

Vous avez une part de responsabilité dans le fait qu’ils soient islamistes.

Je suis aussi de cette génération sans rêves pour qui l’espoir est un vilain mot et la république comme la réminiscence d’une  nostalgie tellement enfouie qu’on a l’impression de ne pas l’avoir vécue. Seulement j’ai substitué la kalachnikov par une plume acérée, incisive et pertinente.

Je ne suis pas Charlie et surtout je t’emmerde.

Triturez vous l’anus tant que vous voulez mais seulement ne me demandez pas de vous lécher les doigts.

 

Lettre ouverte à tous mes fidèles

Dieu m’a envoyé un mail sur ma messagerie yopmail, et il m’a chargé de vous le transmettre à tous. Je sais que je suis peu de choses mais tapez pas, je suis juste le messager.

Mes chers fidèles:

Ici la voix. Non je rigole, ici Dieu.

Bon disons les choses clairement. Vous m’embarrassez.

Vous m’embarrassez parce que vous n’arrêtez pas d’écrire des conneries à mon sujet et ça commence à bien faire.

Sérieusement le concept d’un être âgé de 13 700 000 000 d’années (pour les syndicats) et de 4000 ans et des poussières (selon la police), créateur de milliards de millions d’univers mais qui se préoccupe quotidiennement de la petite vie de 7 milliards de bipèdes narcissiques et ingrats ? PLEASE.

Si j’avais été révélé je vous aurai laissé un guide un peu plus efficace qu’un ramassis de textes compilés à travers 4000 ans d’oralités et d’influences mythologiques diverses (y compris emprunté à mes dieux rivaux). Je vous défie d’ailleurs de me dire quoi que ce soit sur les auteurs, leur crédibilité, leurs motivations et pourtant vous les citez à longueur de temps pour interpréter ce que j’aurai soi-disant dit à Pierpoljak dans les catacombes. RESPECTEZ-MOI.

Si j’avais envoyé mon « fils » sur Terre (ah ah elle est bien bonne), je lui aurai fait visiter les chinois, les japonais, les européens, les africains, les aborigènes, les indiens d’Amérique et d’ailleurs, les habitants d’Indonésie, des steppes de Mongolie, et de tout les territoires civilisés de l’époque. Pas juste quelques juifs illettrés. Si mon fils avait été mon fils il aurait exhibé un savoir plus révolutionnaire que le corpus de connaissances dont tout le monde avait accès à l’antiquité.

Si la démonstration de mon existence avait été si manifeste je n’aurai pas passé mon temps à jouer à cache cache. Esquivant toutes les possibilités d’assumer mon existence mais en même temps condamnant au bûcher éternel toutes les personnes qui seraient amenées à en douter -_-‘.

Si j’avais été si sage, si grand et si magnanime, les actions les plus insignifiantes avec lesquelles vous décorez vos existences n’auraient vraiment aucune importance.

Si j’avais été préoccupé par le bonheur de mes fidèles, leur émancipation, leur accès au savoir et leur liberté de construire leur vie vers le chemin le plus lumineux qu’ils puissent imaginer… Il y’ a longtemps que j’aurai débarrassé le monde du cancer de l’obscurantisme, de l’extrémisme et du fondamentalisme.

Vous avez besoin de vous calmer un peu. Il me semble que vous êtes un peu trop nombriliste. J’ai crée des millions d’espèces sur des milliards d’années, vous n’avez pas régné aussi longtemps que les dinosaures mais vous avez quand même réussi à nécroser ma planète, à faire disparaître des milliers d’espèces issues de ma création, à perpétrer en mon nom les pires ignominies qu’on puisse imaginer… Et vous seriez les seuls à pouvoir espérer une vie éternelle ?

Grandissez un peu nom de l’homme. VOUS ALLEZ MOURIR. Faîtes vous une raison. J’y suis parvenu. Au moins dîtes-vous que vous avez vécu. Ceci n’est pas forcément mon cas vu qu’il est  probable que je n’existe pas !

Ce qui caractérise la religion que vous partagez c’est vos origines. Si vos parents sont musulmans il y’ a de grandes chances que vous soyez musulman. Le même raisonnement s’applique aux juifs, chrétiens, islamistes, shintoïstes, animistes, noëlistes… Bon ok peut être pas les noëlistes.

Si vous pensez  avoir accès à la vérité sachant que tous les autres en sont exclus alors vous admettez le fait que votre salut est uniquement dû à une loterie cosmique totalement arbitraire.

Si vous êtes folichon d’avoir les grâces d’un Dieu capricieux et autoritaire grand bien vous fasse. Si au contraire vous êtes craintifs soyez rassurés mes amis. Un tel dieu n’est pas Dieu.

Il n’y a pas de « Dieu », du moins au sens vous l’entendez. Il est possible qu’une telle entité existe, je n’en sais rien. Mais je suis sûr d’une chose.

Toutes les religions sont des mensonges.

Ce moment SNCF

Très vite je repère un cul.

La fille ci a mis des leggings tellement serrés que je vois ses veines à travers. Je m’approche discret pour voir de plus près. Elle aborde un haut rose particulièrement saillant et je crains pour sa respiration. Je sais que vous comprenez.

Très vite je la perds. Un train sifflote ses derniers avertissements, une histoire de départ imminent pour Paris. Un autre me déverse un flot de voyageurs sur la face et je distingue des visages, hagards, perdus, fatigués ou aigris. Leggings disparaît.

Un bruit se fait entendre, là-bas de l’autre coté du quai. Des voyageurs pressent un employé de la SNCF et lui vocifèrent tout un tas de paroles incompréhensibles, amas de d’insultes, expressions de frustrations. Je m’approche, léger comme un chat, à la recherche d’une belle histoire, sourire à la bouche.

C’est une histoire de trains. De ces histoires qui ont émaillé la vie de nombreux abonnés de la SNCF. Des histoires faites de retards, d’annulation, de grèves, de détournements et de sévères envies de faire manger du plâtre a ses interlocuteurs.

Un maghrébin s’agite vainement et parle fort (pour des raisons d’équité raciale nous l’appellerons Chemise Blanche). Une dame hystérique bouge des épaules et lève le doigt, l’air menaçant, prête a en découdre.

Leur train a été détourné. Ils doivent aller vers Beauvais. Ils viennent de Paris mais aucun train ne dessert cette gare en partant de Creil, du moins pas aujourd’hui.

Alors on leur indique qu’il faut prendre un train à Persan. Rebelote, direction Paris. Narmol. Comptez une dizaine d’arrêts dans le sens inverse de votre direction, circulez y a rien a voir.

L’homme à la chemise semble se calmer, il se contente de postillonner sur l’agent qui lui fait face.
Femme hystérique monte une armée et cherche des volontaires. Leggings réapparaît. Je peux voir ses fesses même si elle est habillée.

C est drôle. S il y a une chose qui réunit les gens, à part l équipe de France de football, c est bien les crachats groupés contre la SNCF.

« C’est bien Beau « 
« Oh la la! »
« Hé bin dis donc on est pas rentré! »
« Mais y en marre de cette compagnie! » et j en passe de meilleures.

L’homme au képi, employé zélé et patient, aborde maintenant un air mi-cynique mi-hautain, l’air de dire : « Ça va hein! On pourrait très bien vous déporter jusqu’à Treblinka alors faîtes pas chier. « 

La situation peut partir en couilles a tout moment. Je pars faire un tour, après tout mon train arrive dans 45 minutes.. Enfin notre train si j’ai bien compris Les nouvelles indications hi hi hi. Je suis feinté par une indication voie 7 qui indique que mon train par dans… Dans il y a 5 minutes en fait. Je m’y dirige d un air résigné mais il ne s’agissait pas de départ mais d’arrivée. Ces bâtards se sont crû à l’ aéroport.

Je retourne sur le champ de bataille. Chemise Blanche agrippe le premier employé qui lui tombe sous la main, Hystérique est à deux doigts de se faire balayer par un employé SNCF, habillé de pied en cap comme le petit Spirou. Un spectacle priceless…gâché par l’intervention du gars de la sécurité et de son chien à l’article de la mort.

Je me concentre sur Leggings. Parle t-elle français ? Va t-elle aussi a Beauvais ? A l’aéroport ? Un groupe s’approche d’elle et de ses amis. SNCF Spirou se joint à eux, je ne capte rien et me concentre sur ses fesses.

Chemise Blanche balance une dernière prophétie : « Hé je parie qu en plus de ça ils vont bien contrôler nos billets. »
Le siffleur d’un train parti il y a longtemps lui répond : « Mais bien sur Monsieur. »

J’aimerai vous parler ici d’un moment spécial vécu par tous ceux qui ont eu affaire à une entreprise de service public. C est le moment SNCF.

C’est un moment ou toutes les barrières sociales tombent. La vieille aborde le jeune à casquette, l’inconditionnel du front national montre la plus grande courtoisie envers les sénégalais. Le pédophile propose même des bonbons aux adultes.

Une femme m’aborde : « Non mais sérieusement, il nous font revenir ici, pour retourner a Paris !? »
Je ne réponds pas, je n ai rien a déclarer, ni a penser.

Je foire toujours mes moments SNCF.

Nous nous dirigeons vers la voie 7. Les usagers s’installent comme à leur habitude chacun dans sa bulle mais les résidus de moment SNCF flottent dans l’air, alors très vite les conversations reprennent. Hystérique s’installe derrière moi et se met au courant des dernières actus auprès d un malien à l’air patibulaire.

Un antillais me confie son sac avant d’aller fumer et puis apparaît une femme à la coupe ras et aux cheveux d’un blanc argenté, celle que nous appellerons « Tantine Bibi ».

Tantine bibi observe, son regard interroge les panneaux à la recherche de réponses. Une voix prend la parole et détaille le chemin de croix qui nous attend pour rentrer chez nous en termes d’arrêts et de correspondances: « Tout ça!? », déclare Hystérique prête a réagir au quart de tour.

Le train avance bon gré, mal gré, je saisis ici ou là des brins de conversation: « Personne n’a un cheval à disposition ? », dit derrière moi et les gens rigolent devant.

« S’ils nous font tout ça c’est à cause du feu, des gens qui manifestent pour Gaza » déclare t-on devant moi mais la réaction se fait entendre derrière :
« Comment ça quel feu ? », puis un: « Les jeunes aujourd’hui ne respectent plus rien » lâché par tantine bibi.

« Qui veut des bonbons ? C’est à la menthe ». Tantine bibi distribue. A ses voisins d’abord, à leurs voisins ensuite.
« Alors qui veut des bonbons ? » Surfer californien sourit. « Vous voulez des bonbons jeune homme ? » il accepte, se lève, se sert, remercie, fait une blague, n est pas compris et retourne dans les oubliettes de cette histoire.

Les sourires se dessinent, même parmi les têtes de tueurs en série, même sur ma gueule enfarinée par l’incrédulité et la lassitude malgré la fatigue. Je me sens même plutôt bien, comme si ma fatigue avait décidé d’aller se faire foutre. Les blagues flottent dans l’air, tombent à plat comme les feuilles d’automne ou se transmettent comme une sale maladie. On est bien. Personne ne l’avouera jamais à ce moment là. Mais on est  bien. Sauf ceux qui ont un avion à prendre.

On peut pas dire que j’aime les gens. Mais j’aime être là, dans ce train. J’aime cette situation merdique. Cette entreprise de merde on se l’approprie tous quelque part, alors quand elle déconne on a forcément tous un avis sur la question. Par exemple, c’est comme l’avis qu’on pourrait donner sur la scolarité du petit neveu en chuchotant entre nous qu’il fera jamais mieux que de finir mendiant sur les grands boulevards. Avec ça c’est le masque figé et glacé qu’on emporte avec nous dans les transports qui tombe. C’est d’ailleurs un moment super propice pour la drague, d’ailleurs où est passée Leggings ?

Disparue.

Bref j’aime tout ce que j’ai écrit plus haut mais j’aime surtout avoir une idée d’article pour alimenter mon blog  en mode zombie depuis l’année 2013.

Les moments SNCF ne sont pas si courants que ça. Celui-ci était particulièrement savoureux car soudain un arbre est tombé sur la voie, je vous jure que je n’invente rien.

Tandis que j écrivais cet article en live, sur le fil, c est-à-dire en vivant les événements quasi en direct, un arbre est tombé sur les rails.

Kermesse Totale.

« Mesdames et messieurs nous sommes désolés de vous annoncer que suite à la chute d’un arbre nous devons arrêter le train. Veuillez ne pas sortir du train. « 

Applaudissement général dans TOUT LE WAGON.

Chemise blanche se lève. Il cogne trois fois sur la Porte avec son poing.

Je ne l’avais pas remarqué. Finalement j’ai Hystérique, juste derrière moi, Chemise blanche devant moi et tantine bibi qui balance des bonbons et des aphorismes. Je suis très bien placé.

Hystérique cherche a intervenir : « Il a quoi le Monsieur, il a quoi le Monsieur ? »

« Monsieur ça sert a rien de vous énerver », dit quelqu’un. Chemise réagit, éructe, cherche du soutien. « Oui mais ça n est pas la faute du chauffeur de train.. » ajoute un autre avec un fort accent du bled.Chemise Blanche s’esbroufe et bafouille.Hystérique ajoute: « Mais il a quoi le Monsieur ? Il a quoi ? »

« Peut-être que vous ne devriez pas réagir à tout ce qu il dit » glisse tantine Bibi.

Je réalise que quelque chose est en péril. L équilibre du moment SNCF basé sur la frustration que l’on ressent tous vis a vis de la compagnie est mis en péril par le zèle de Chemise Blanche. La violence est taboue dans notre société. Celle-ci doit être ritualisée et c’est quelque part le cas lorsqu on donne un coup de coude a notre voisin pour dire : « C est quand même de la merde cette compagnie« , puis a partir de ça, on glisse sur une discussion sur les élevages de moutons dans le Larzac. Pratiquer la violence c’est sortir du champ, c est remplacer le mur du silence par un bruit sourd et aller à contre courant.

Au fond on a tous besoin de se lier les uns aux autres. Tout ce qu’il nous faut c est un prétexte pour fendre l armure.

Ou un lubrifiant social.

« Moche, le monde est moche, je comprends ceux qui se suicident », souffle tantine bibi.

« N allez pas vous jeter sous notre train ! », lâche quelqu’un.

Chemise Blanche semble comprendre Les enjeux, il se justifie: « J ai commencé le Ramadan a 4h et je travaille depuis 5h du mat’ donc là je pète un câble ».

Une femme aux lunettes rondes et à la queue de cheval acquiesce désolée. Elle comprend. Elle a une tête a s’appeler Nathalie.

« Excusez-moi, vous vous appelez Nathalie ? »

« Euh… Pas du tout. »

« Ah, excusez-moi. »

Et je retourne dans l’anonymat.

Tout le monde se calme. Le moment SNCF est sauf.

Le train repart sous Les « aaaaaah » puis quelqu un demande : « Est-ce qu on aura notre correspondance du coup ?« 

Avant de sortir du train je ferme le bloc note de l iPhone. Femme hystérique me surplombe. Derrière elle se trouve une blonde avec un maillot de l équipe de cote d’ivoire.

Le train arrive à destination et freine petit a petit. Les moments SNCF s évaporent peu à peu dans l air. Certains essayent d’ en saisir les dernières bribes et je suis témoin d’ une conversation tout à fait saisissante impliquant femme hystérique :
« Vous venez de cote d’ ivoire ? », qu’elle demande a une blonde à l’air épuisé et aux cheveux en pagaille. Elle lui demande ça parce qu’elle porte un maillot de la cote d’ivoire. C est pas courant une blonde avec un maillot de la cote d’ ivoire.
« Non mon mari », souffle t elle du moins je crois le deviner.
« Ah la cote d’ ivoire c est un tlè tlè beau pays même » ajoute t elle. Donc voilà femme hystérique. Blanche à lunettes, robe blanche à pois… et accent africain à couper au couteau.
Ivoirienne n a pas l air d’aimer la parlotte mais les mots et les informations s échappent d’ elle comme dans une fuite, un moment SNCF dans toute sa splendeur et ex-femme-hystérique ne lâche pas:

« j y suis allé l été dernier. Oh là là c était magnifique ! Vous y allez souvent ? »

Elle répond mais de manière trop discrète pour que je puisse rapporter.

« Et votre mari il est de quel ethnie ? C est un bété ? »

« Oui »

Je me lève. Les voyageurs se pressent à la porte et les sourires s effacent. Le masque public des transports en commun reprend ses droits mais tantine bibi est à la conclusion :
« Finalement c était comme une colonie de vacances. Bon voyage tout le monde et à bientôt ! »

La colonne de voyageurs avance comme un seul vers les sorties qui vers la correspondance, qui vers la direction souhaitée au départ. Et moi je continue ma route, dans mon coin en songeant au prochain paragraphe, a cet instant dont je me suis efforcé de traduire les moments les plus frappants.

Pendant toute cette histoire j’aurai gardé mon calme. Peut être parce que je n’avais pas d’ avion à rater, peut être parce que je n’avais pas de rendez vous à assurer, plus probablement parce que tout s était déroulé selon mon plan. Prendre le train de Creil à Persan avec l’assurance d’ esquiver les contrôleurs du TER. Prendre mon train à Persan avec l’assurance de ne voir ni portique, ni tourniquet, ni contrôleur a moins de cinq kilomètres. Tout ceci en échange de temps. Quand on vole et qu on n’a personne qui nous attend a la maison, on a rien a perdre.

Tel un aventurier solitaire de final fantasy sur lequel on aurait refermé le 4e cd, d’ autres aventures m attendaient. D’ autres aventures qui échappaient a mes compagnons, d’ autres aventures qui m’ opposaient a la SNCF.

J apprenais que suite à une panne technique gare de Domont, il me faudrait prendre l inénarrable bus de substitution qui fait toutes les gares du parcours.
Ma guerre du train était finie maintenant commençait l odyssée.

Je m’armai donc de mon sabre, entourait mon front d’un ruban et criai mon cri de guerre:

 » Putain quelle compagnie a la con ! »

Rationalité limitée

Ca y’est je viens de recevoir la confirmation téléphonique. Vendredi 15h rendez-vous au siège social pour un entretien informel. Vendredi parce que j’étais disponible dès mardi mais qu’il a fallu que je joue la touche du gars occupé qui consulte son agenda et qui cale l’entretien en deux truc importants comme l’attaque de la saison 4 de breaking bad et la cuite hebdomadaire.

C’est donc à partir de vendredi matin qu’il faut je me dote du masque d’hypocrisie qui correspond si peu à mon caractère. Je me mate. Souffle. Courage, je suis une salope corporate. Je suis une salope corporate. Tout va bien se passer. Et puis il faut me donner le crédit d’avoir su choisir mon mac avec discernement.

Mon mac parlons-en c’est une société dont le nom finit par « -ys ». On en voit fleurir un peu partout. Ca donne un air technologie et communication associés à une touche de mysticisme. L’air de dire au client : « Confiez-nous vos pénaaaaa-tes et par la sagesse de Baphomet et de la déesse de la forêt… … nous allons mettre en place une solution évolutive et conviviale pour la téléphonie IP ».

Las, je classe mon Cv aussi exagérément positif qu’un programme présidentiel du NPA dans ma chemise violette transparente et j’ajuste ma chemise, la vraie cette fois, dans mon pantalon pour éviter que ça fasse des boursouflures dans le dos (je déteste ça) même si j’ai l’honneur de porter une veste. Ouai. Même qu’elle est appareillée.

L’apparence. Une chose à laquelle je n’ai jamais attaché beaucoup d’importance, bien mal m’en a prit. Comme disait mon oncle : « Y’a trop de gars qui cherchent à avoir la classe. mais ils savent même pas ce que c’est ! ». Bon, c’est pas mon oncle mais un pote de mon père qui passe régulièrement pour délester la cave à vins. Je suppose que c’est ce qui se rapproche le plus d’un oncle. Ces paroles me reviennent en mémoire, en particulier quand je me sape comme un pingoin. Il disait :
« Le plus important c’est les chaussures. Ça passe devant le pantalon et la veste. Fiston, si t’as un costume à 100 roro tes chaussures doivent valoir trois fois plus, quatre fois plus ! »

Mouai. Je jette un coup d’oeil à ma paire de de.. de quoi ? Je scrute l’intérieur : « weekend »
ok.
C’est peut-être pas la marque mais l’indicatif d’une série limité ? Je les mets, c’est pas désagréable et ça a la forme un peu en pointe, elles sont en cuir glacé façon verni, pas désagréables à la vue malgré leur prix à 30 euros. Dans trois mois elles bailleront comme des hippopotames connard. J’ajuste le tout avec mon costume Tex bleu marine à 49 euros et réalise que j’ai bafoué tous les codes de beauté de l’oncle s(a)oul(e) mais l’élégance n’est-elle pas dans la sobriété ?

Ouai c’est surtout que t’es plus fauché qu’un champ en jachère. Et évites de croiser Prince sinon il verra que t’avais le même costume à son mariage assorti d’une fleur épinglée qui feintera personne, BOLOSS.

A la gare, je me remémore les automatismes de celui qui prend le train avec un but préçis, tout en étant frappé par  la routine qui vous agite, vous, les fourmis à la recherche d’un gagne pain. Je me  rappelle de vous, picorant les news à base de regards furtifs au kiosque ou lors du ramassage rituel du « 20 minutes », de « Metro » et autres daubes comme « direct matin ». A l’époque où je n’étais qu’une anecdote dans le système productif français,  je souscrivais à cette mascarade, j’étais moi aussi pris dans cet étau d’individualisme qui fait allonger la tronche qui aurait bien tâté l’oreiller quatre heures de plus. Tout ceci n’est qu’un vague souvenir mais je ne peux pas m’empêcher de penser à ma volonté constante de sortir de cette prédestination macabre qu’est l’existence au fond.

Comment ? Gagner un minuscule pécule vous plonge dans un puit sans fond de besoins qui nécessitent un pécule un peu plus grand qui vous enfonce dans d’autres besoins etc.. Alors je m’assois perdant mon regard dans le vide pendant que le système, tant honni pendant mes années lycée, broie mes derniers soubresauts de rébellion muette. La vie c’est quand même une sacrée farce orchestrée par je-ne-sais qu’elle force cosmique au service de Jacques Cheminade.

Fin du transport. Je débarque dans la ville. M’échappant du dédale de trottoirs et de parvis, j’arrive sur le sol plat au design complètement léché de gris urbain. Tout de suite je suis frappé par une sorte de nostalgie. Je me surprends moi-même, normalement le stress devrait m’attaquer, d’autant plus que j’estime mon retard potentiel à dix minutes (si ce n’est un chouïa plus). J’avance sans me presser, passant toutes les étapes de l’incapacité physique mobile depuis ma sortie du métro à l’escalator. Je me laisse porter. « Je me laisse porter ».Tiens c’est la formule que j’emploie pour répondre à celles qui me demandent : « Tu fais quoi sinan dans la vie ?
– Je me laisse porter  »
Succès garanti.

Je trouve l’adresse grâce à mon Google map. Expression figée devant la tour de verre qui me défie. Je sens que je vais devoir raconter ma vie à l’accueil.

« Bonjour c’est monsieur xx j’ai rendez vous avec M. Untel ».

Le vent bat mon visage de messages contradictoires. Je suis stupidement saisi entre deux tentations. Prendre la fuite. Ou foncer tel Bruce Willis pour m’enferrer dans ce piège de cristal.

Soudain je pense à Meghan Markle et à la petite jupe fendue qu’elle arbore dans la saison 1 de Suits.

meghan

J’entre.

De bonjours en bonjour en serrage de mains mous on m’expédie dans une pièce de taille moyenne sans fenêtre.

« Asseyez-vous et mettez-vous à l’aise ».

Sauf que j’ai un peu l’impression d’être en garde à vue. Le RH est un du genre pur beau gosse. Le type blond aux yeux bleus qui doit faire tomber les filles comme des fruits murs, malgré un physique de lâche décoré par un costume gris aux légers reflets argentés.

– Bonjour M. Ledock comment allez vous ?

Je l’imagine bien posé sur une table au six seven flanqué d’une brune avec une frange à la Lou Doillon.

 » Alors tout d’abord j’aimerai vous présenter notre sociéte. « xxx-ys » est un cabinet de Conseil en Systèmes d’Information. Nous avons pour partenaire diverses sociétés, surtout dans le domaine de la banque et de la finance. Nous avons été amené à travailler avec BNP-Paribas, la société générale, AXA et plein d’autres que vous pourriez consulter sur notre site

– Hmm Oui j’y ai jeté un coup d’oeil, j’ai aussi vu que vous aviez travaillé avec des sociétés  comme TF1 et Gallimard par exemple… 😀

– Oui tout à fait ! Notre société a très vite eu à coeur de diversifier ces activités même si nous restons dans le domaine des services informatiques

– Oui, c’est ce que j’apprécie :O

– …?

– euh.. Je veux dire cette ..

Quoi ? Eclectisme ? Richesse de point de vue ? Superficialité ? Swag !!?

– … capacité à… diversifier

Putain si t’ajoutes « voilà quoi » je te pète la bouche !

Il enchaîne les blas blas sur sa boîte super géniale tellement hype que je m’étonne de l’avoir connue seulement grâce à Monster. Il enchaîne et parle longtemps, je me demande si je devrais faire la même chose quand ça sera à mon tour. Ta gueule putain.

– Et si vous me parliez un peu de vous ?

Je lui déballe le grand « je ». Je parle de mes expériences passées. de comment j’ai quitté la fac suite à l’appel de L’entrepreneuriat. Puis la manière dont je me suis tourné vers le travail salarié suite à mes échecs et mes illusions. Je lui sers le roman du héros retrouvé. La quête du prophète qui a échoué mais qui signe pour un deuxième tour comme le gars là dans Matrix. Quand je finis j’ai la gorge un peu sèche. Finalement j’ai parlé pas mal de temps et mis en avant les quelques sites et projets que j’ai fait pendant ma courte carrière de développeur web freelance ainsi que quatre ou cinq que j’ai piqués sur le net.

Il hoche la tête compréhensif. Il a même l’air intéressé, il pose des questions :

– Mais au niveau du statut ça correspond à un travail de portage salarial ? Une entreprise individuelle ?

– En fait c’est attaché au régime social des professions libérales au même titre que les avocats ou les médecins.

– Ah d’accord.

Il avait prononcé comme « a dakor ». Les parisiens ont une façon de parler parfois qui donne envie qu’on les entarte avec des clous.

La discussion va bon train. C’est un échange entre deux personnes se livrant à la fois à un combat à mort et à un jeu de séduction. Bien sûr c’est biaisé dans tous les cas. La parole a beau être léchée, les codes de l’entretien d’embauche sont clairs. C’est un rapport de force entre la société qui souhaite vous avoir pour un certain nombre de qualités prêtées et un coût optimal et vous qui voulez ramasser le maximum de fric possible en mettant en avant un réseau, une expérience professionnelle, des diplômes et des réalisations personnelles.

Tu comprends pourquoi t’es grave dans la merde.

Rétrospectivement, j’aurais dû savoir que le coup du fils prodigue du klepto-consulting ferait un peu limite comme argument. La sagesse rétrospective. La seule expérience humaine qui vaille le coup.

– J’ai relevé quelques imprécisions dans votre C.V notamment en ce qui concerne les dates. C’est écrit que vous avez commencé la faculté en 2002 puis que vous l’avez quittée en 2008. Ensuite vous avez commencé votre activité  en 2010 ? Premier point : En ce qui concerne la fac vous pouvez combler les trous ?

En deux points ? je me suis fait gauler comme un naze et maintenant me voici collé devant toi en garde à vue comme une vieille photo de famille. Le plus marrant c’est que je suis sûr d’avoir la gueule du gars qui t’a arraché ton portable sur la ligne A. A part ça j’ai redoublé 80 % de mes classes. Qu’il y ‘a t-il d’autre à faire à la fac à part jouer au tarot ?

– Ah ah ah J’ai dû m’embrouiller dans les dates. J’ai redoublé ma première année de DEUG puis dans la section Licence j’ai pris en compte l’année de Licence professionnelle que j’ai faîte dans le développement web.

Improvisation totale. Un grand moment de cinéma selon la formule consacrée.

– OK

Je repense au bâtiment de cristal, aux longs monologues de promesses économiques que j’ai tenu à l’anticipation d’un bonheur fugace : Une vraie paye. Le petit banlieusard coloré fait homme d’appoint du capitalisme financier.

– J’ai bien noté votre parcours et votre volonté remettre votre vie professionnelle sur de nouveau rails. Quelle sont vos motivations pour avoir choisi ce travail ?

Mes motivations. Je manque d’éclater de rire et remercie ma bonne étoile de m’avoir évité de fumer un joint avant de venir.

Le travail ? Toutes les personnes normalement constituées y sont allergiques. Certaines personnes y tremblent, d’autres s’y coupent les veines ou s’y pendent pour être à l’air libre. Les plus sages se contentent d’un bon rail de coke avant de pointer. Les légendes disent qu’une tribu de personnes auraient réussi à s’en affranchir. On les appelle… les dirigeants.

– Comme vous l’avez dit : Remettre ma vie professionnelle sur le droit chemin. Aujourd’hui je vous cache pas que j’ai de nouvelles responsabilités. J’ai choisi de vivre avec ma compagne et on compte avancer tous les deux… Pourquoi pas fonder un foyer puis une famille ?

Vous n’avez pas besoin de savoir que la révolution la plus actuelle en ce qui concerne ma vie sexuelle est d’être passé du format .avi au format .flv et que si j’avais une copine son nom de famille le plus probable serait : .jpg. Non vous n’avez vraiment pas besoin de savoir ça.

 » Je veux gagner en indépendance. M’épanouir au sein d’une entreprise comme la vôtre portée vers des domaines pour lesquels Il y’a plein de pépettes j’ai le plus grand respect : la Banque et la finance. Travailler pour survivre voler pour vivre mais aussi pour devenir quelqu’un de meilleur parce qu’il travaille pour une société qui partage ses valeurs et qui à l’air de grouiller de pas mal de bitches si j’en juge par les quelques coup d’oeils que j’ai jeté ça et là.

La rue m’attend. La rue m’observe. Moi le petit intello de collège qui a fait des études supérieures. Moi que les gars voyaient dans un milieu totalement décalé du leur. Celui qui avalait les années d’études quand le commun d’entre eux avalaient l’argent sale ou les subsides du sous-prolétariat ouvrier.

Dans mes rêves il n’y a que des putes hors de prix et des moyens de quitter la réalité. Nul projet concret, nulle transcendance mystique, nulle volonté d’aider qui que ce soit. Devenir un individualiste jouisseur de plus dans un système libéral est-ce une fin en soi ? En même temps y’en a marre d’éparpiller mon ADN sur mon lino accidenté.

Ma vie est une bulle d’oxygène qui rétrécit de plus en plus et qui fonce dans un hyper-espace accidenté et encombré trous noirs, d’obstacles et de corps célestes hostiles. On peut dire qu’il est probable que je me crache SALEMENT à plus ou moins brève échéance. En attendant l’éclatement probable de mes boyaux dans le continuum intemporel, j’essaie de ralentir du mieux que je peux cette machine macabre.

D’où toute cette démarche d’entretien mais aussi l’écriture pour mieux externaliser le mal.

– Quelles sont vos principales qualités ?

– Vous pouvez compter sur ma parole et sur la drogue si je vous fais une promesse par exemple en ce qui concerne un livrable il est certain que vous l’aurez à temps. Je suis quelqu’un de sérieux, de consciencieux et surtout de vicieux d’ambitieux.

– Vous connaissez le pendant à cette question, quelle sont vos principaux défauts ?

Sans blague. Le gars il a lu « les dix questions d’un entretien d’embauche » sur une carte de trivial pursuit !

– Je suis parfois perfectionniste de manière déraisonnable. Parfois ça peut me ralentir sur certains projets mais j’arrive toujours à me ressaisir au bon moment pour livrer le projet à temps \o/

Sisi. YOLO. La formule choc. Puis ça sonne mieux que : »Démons et anges forment le patchwork de ma personnalité, plongée dans toute sorte de névroses  » même si c’est moins bien poétiquement tourné.

Je suis dans un bolide qui mène fonce tout droit vers le succès. Kevin Hill et filles en tailleurs de l’élite du tertiaire. Attendez moi j’arrive !

– Et si nous parlions de vos prétentions salariales … ?

Du biff. Du. Du. Du biffffffffffff.

– … je vois ici que vous avez été : ChEf De Projet weeb-en

Je devais remarquer bien plus tard que mon interlocuteur avait prononcé cette phrase d’un air pincé. Comme s’il il avait été pris d’une soudaine contrition des membres supérieurs. Était-ce pour masquer un éclat de rire qui m’aurait arrosé la face de postillons ? Je ne le saurai jamais vraiment.

– Euh.. Oui euh.. Je voulais souligner que euh.. Sur ce projet j’avais assuré l’ensemble du cycle en V. De la conception à la programmation en passant les hmm spécifications fonctionnelles vous voyez.

Il hoche la tête.

– Tout ceci en l’espace d’un mois et demi ?

– Ha ha non bien sûr que non en un peu plus de temps… Crise voilà les flics, c’est moi où l’entretien se casse la gueule ?

– Octobre à Mi-Novembre c’est pourtant ce que vous avez indiqué sur le CV

… On pourrait pas en revenir à mes prétentions salariales sale batard ? Vous savez, à y repenser j’ai fait une bonne vingtaine de projets maniant beaucoup de technologies et c’est peut être normal que je m’emmêle les pinceaux. Ce dont je suis sûr c’est que ce genre de site d’e-commerce avec un frontend et un backend ça ne dure pas plus de trois mois.

– D’accord. Alors quelles sont vos prétentions salariales ?

J’imagine ma face. A mi-chemin entre le cocker libidineux et le gars défoncé au crack. J’essaie de me convaincre que la liquéfaction probable de toute la confiance que j’avais il y’ a deux minutes plus tôt n’a pas été aperçue.

– 32000 euros par an.

Le RH arbore son visage d’un sourire que le premier venu pourrait prendre pour un mélange de connivence et de malice. C’est la sourire de celui qui sait qu’il a déjà gagné. Le sourire de celui qui savoure calmement son triomphe en se demandant qu’elle forme finale il va lui donner.

– Et pour finir j’aimerai revenir sur le deuxième point concernant votre CV. Quelles activités avez-vous exercées de 2008 à 2010 ?

Aurait-il considéré comme réponse acceptable toutes les informations que j’ai glanées en tout ce temps sur le monde de la pornographie ? J’en doute fort.

Le crime paie jusqu’à la perquisition.

Manifeste

Bercé par les endorphines tu t’endors in fine. La bave aux lèvres et un putain de gun sur la tempe. C’est la mélodie du clac clac. Le glas du temps qui te rattrape. En baillant tu fais le bilan. 29 ans. Certes des fafs mais pas de meufs et pas de taff. Un sale tryptique. Un mauvais trip.

Tes paupières s’alourdissent sur une longue litanies de souvenirs passés, effacés. Regrets. Non-dits. Des « si j’avais su » aux « si je pouvais revenir en arrière ». Pages écornées, pages froissées, jaunies par l’expérience de la bête attitude.

Tes potes se sont fait le paravent d’une famille en lambeaux. Jav tu es né, jav tu resteras. C’est ce qu’ils disaient à l’époque. Les temps ont changé. Tes amis aussi mais tandis qu’ils évoluent vers la  « parenté », la « famille », le « foyer », la « carrière » tu parcours la vie en zigzag. Tu la dépucèles au scalpel rouillé avec tous les sales coups que tu puisses imaginer.

Tu glorifies ton passé de manière inexplicable. Quand ton pays s’y met c’est pour  faire croire qu’il garde des atours de grandeur. Quand tes potes et toi vous le pratiquez c’est pour vous glorifier. Ex bande d’irréductibles gaulois face aux canons du système et de la société marchande. Plutôt : bande de connards finis en manque d’affection et de repères. Et toi dans tout ça ? T’étais un sac plastique. Un sac plastique virevoltant au gré des hormones et du vent mauvais. Un jour prêt à serrer la meuf de ton pote sur un coup de tête, le lendemain prêt à te jeter par la fenêtre du bâtiment C. Mais voilà t’avais trop peur de tâcher le bitume de la cour de ton sang maculé.

Avant que la vie n’arrache ton insouciance avec les dents.

Avant que tu comprennes que ta seule possibilité de bonheur résidait sur une flopée de médicaments assortis d’une bonne mutuelle.

Avant de te soumettre aux dieux séculaires de ton temps qui ne sont pas Jésus et Mahomet mais la vacuité et le crédit bancaire.

Tu t’es imposé comme une évidence.

Ta vie n’est qu’une mauvaise farce.

Elle te choira chichement, si tu chaloupes chanmé sur la chance que t’as d’acheter des machins. Consumériste.

Tu dors. Enfin presque. De manière suffisamment profonde pour arrêter de te mentir à toi même et suffisamment légère pour réagir au moindre signe : battement d’aile de papillons, pets sonores de ton frère dans son lit superposé, éclaircies dans le miroir de tes vains espoirs, téléphone en mode vibreur, cavalcade à dos de licornes sur rêves de triomphe, bruit d’un moustique qui fait bzzz. T’es dans l’entre deux mondes. Et tandis que tu escalades les flancs escarpés d’une montagne…

Paf tu vois Youssoupha

youssoupha

Si tu vois pas le rapport entre « une montagne » et « Youssoupha » je te suggère de BIEN regarder ses lèvres.

Dans ton rêve, il te pose la question : « Est-ce que tu rêvais de ta vie jadis ? »

Petit tu t’imaginais grand. Une villa sur la jetée. Un vague métier qui te permette de mettre un costard avec une chemise ouverte. Une chaîne-en-or-qui-brille. Ta femme, une fusée avec un cul aussi gros que le Brésil et une chevelure chatoyante. Ta caisse, un bolide au nom latin et au capot rutilant.

Grand te voilà si petit.

Te voilà fragile et hagard couchant tes névroses binaires sur un écran quinze pouces.

Te voilà exprimant ta musique quasi-morte dans une glose au son creux résonnant dans un désert d’audience.

Te voilà cassure plutôt que gars sûr, fissure plutôt que fils sûr, talent fâché couvert de circonstances exténuantes.

Te voilà dernier à table exprimant tes mots, tes larmes en disant « Ce soir je bois ». Complètement linked out.

Te voilà blazé et affable aiguisant tes maux, tes armes, balbutiant aux putes de passage des bas fonds, du Hideout.

Te voilà.

Sale beater par inter-rimes.

Un jour, une porte s’est ouverte sur le monde. Comme l’héroïne dans les veines d’un accro. Tu t’es fixé comme un objectif. Tu veux casser les oreilles de tes contemporains en poussant ta voix rauque, en faisant bouger les choses. En dévalisant, en déracinant, en défouraillant, en déconstruisant.

En les rabaissant à ton niveau de mec gâvé, de mec blasé, complètement laminé par la THC, les solvants captés par voie nasale et les certitudes fatalistes sur la nature humaine.

Regarde les ces moutons qui te servent de congénères. Tu les vois, ils te voient. Vous êtes semblables. Vous avez grandi ensemble, fréquentés les mêmes établissements.

On vous a gavés la tête avec les mêmes concepts foireux. On vous a fait croire aux même mythes. On vous a dit que l’amour c’était tout beau tout mignon, on vous a dit que réussir c’était empiler des diplômes et qu’il y’ avait toujours un travail au bout. On vous a dit que tous les êtres humains étaient frères et sœurs et que si on était sage on pourrait tous chanter gangnam style dans le giron de l’empire du bien en faisant harlem shake.

Seulement toi tu sais qu’il y’ a quelque chose qui cloche. Après tout tu n’es pas complètement endormi. Une autre évidence s’impose alors à toi.

Il est à peu près certain qu’un jour tu deviendras un criminel.

Tu feras peut-être preuve de curiosité. Enfer

Tu rechercheras la connaissance. Damnation

Tu jugeras les gens pour ce qu’ils sont et pas sur ce que dit Claire Chazal. Pêché.

Tu prendras le monde pour ce qu’il est. Malédiction.

Regardes-toi putain. Des cons qui font ça, ça existe même pas en France.

Nous sommes tous pareils. Des enfants gloutons délaissés par des pères blazés ou absents ( à commencer par Dieu).

Des êtres qui n’avaient qu’une viande pré-machée alors qu’ils étaient en quête d’un steack bien juteux.

Des individus dominés, soumis, fouettés par les sadiques gouvernés par des indifférents. Addict aux pilules, à la drogue, à l’alcool, à la caféine, au travail ou au bonheur en kit.

Des poètes à fleur de peau, esclaves du bon mot, forgés par des cicatrices aussi profondes que le gouffre de Helm.

Héros sans épées, dans la confrontation permanente, toujours en quête d’action, de réaction. Toujours à vouloir prouver quelque chose. Car à notre naissance, un hypothétique Dieu nous as hypothétiquement dit :

« Débrouillez-vous bande de bâtards ».

Nous sommes des marginaux. Nous sommes des rageux. Des chiens de la casse.

Nous sommes des Javs. Nous sommes des haterz. Nous sommes des Beaterz.

Ceci est mon manifeste.

Et si un jour notre révolution devait être en marche elle n’arborerait pas un drapeau muni d’un L barré. Non.

Elle arborerait le majeur bien dressé d’un français discount.

L’état n’aime pas les internautes

J’ai toujours eu une sorte de fascination morbide pour la politique et les politiciens. Bon ils me débectent.  Mais je ne peux m’empêcher de les observer, tel le coup d’œil qu’on jette en biais dans  la cuvette après une diarrhée de mauvaise facture ; et j’ai constaté, en les observant, que pour les politiciens la parole est très souvent synonyme d’action,  l’énoncé prend valeur de vérité parce qu’il est énoncé. Le politicien est le tout puissant dont la parole ne saurait être remise en doute. Comme disait Julien Alexandre sur le blog de Paul Jorion :

« Pour arracher le pouvoir au monarque de droit divin, il a bien fallu que ses remplaçants se déclarent aussi sages et informés que lui. La représentation du peuple par ses élites incarne par définition la sagesse infaillible. La république était nominalement parfaite puisqu’elle n’avait aucune alternative réelle comme le régime qu’elle a remplacé.»

Les discours politiques ne reflètent pas toujours la réalité et quand ils veulent prendre un tour liberticide, ils tournent souvent à la manipulation et à la caricature. Je vais me concentrer sur un domaine particulièrement parlant : Internet.  Ainsi il n’y pas si longtemps un sage de l’ère numérique nommé Frédéric Lefebvre déclarait :

«L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde?»

Internet : la valeur anxiogène par excellence. L’exutoire des volontés brisées devant la croissance incessante d’une bête sauvage et incontrôlable. Ils sont nombreux à avoir voulu lui jeter la bride : Nicolas Sarkozy, Christine Albanel, Frédéric Mitterrand, Eric Ciotti et même les grands penseurs de notre époque (sic) comme Jacques Séguéla et Amanda Lear. Pour eux, Internet n’est qu’un système dont on doit à tout prix assurer la régulation si ce n’est l’interdiction :

« sur les sites de streaming, l’idéologie du partage, c’est l’idéologie de l’argent : je vole d’un côté et je vends de l’autre. Personne ne peut soutenir cela » (Nicolas Sarkozy), «  cinq gus dans un garage qui font des mails à la chaîne » (Christine Albanel à propos de la quadrature du net), « utopie libertaire » (Frédéric Mitterrand), « la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes » (Jacques Séguéla), « Je rêve qu’on interdise internet » (Amanda).

De l’autre côté il y’a les internautes. Les internautes, soutiennent un monde qui fout le système en l’air. Ici, la parole du politique peut être décortiquée, critiquée, contestée, bafouée, vendangée, déformée. L’internaute n’a pas de temps de cervelles à griller sur Tf1 mais surtout il est plus qu’un numéro sur une liste électorale, plus qu’un citoyen blasé qu’on interpelle un jour de pluie pour lui serrer mollement la main tandis qu’on hoche la tête sur ses doléances. Le peuple d’internet c’est le peuple en concentré. Le peuple en plus impulsif,  il exprime parfois ses plus bas instincts sous couvert de l’anonymat. Il est matérialiste, entièrement tourné vers l’instant, l’immédiat. Il est brut, naturel, spontané. Le gouvernant est froid par essence, distant. Il sait que le pouvoir est un sac de nœuds qu’on ne pourra jamais rendre tout à fait lisse mais dont il faut extraire la forme la moins abjecte. Le monde d’internet est un océan de possibilités une parole à prendre, un coup de gueule à pousser.

Il existe une certaine forme de barbarie sur internet. C’est un champ d’herbes sauvages où émergent çà et là des arbustes aux contours parfaits. C’est l’ordre dans la cacophonie des désordres, on constate d’ailleurs que les sites, forums et systèmes n’y existent que hiérarchisés et même un système comme Wikipedia, qui est fondé sur une certaine forme d’anarchie, ne se maintient que parce que cette anarchie est régulée par un nombre significatif de bénévoles. Face à la figure tutélaire, aristocratique et autoritaire de notre démocratie il y’a comme une dissonance. Un état fort, une collusion avec la presse vieille de plusieurs siècles, des lobbys, une méritocratie assise sur un régime pernicieux de privilèges couplée à des idéaux bien fixés aux jambières, telle est la France telle que la gouvernant la sait et la sent. Législatif, exécutif, judiciaire, journalistique, quatre pouvoirs. Internet est le cinquième pouvoir qui émerge telle une cinquième roue du carrosse.

L’état n’aime pas les internautes. Ses représentants ne parlent d’internet que pour en souligner les méfaits. En période électorale, notre président, complètement à la ramasse dans les sondages n’a rien trouvé de mieux que de vilipender le streaming. Une technologie. Comme si c’est la possibilité même du crime qui était répréhensible via cette technologie, plutôt que le crime lui-même. C’est emblématique de la folie furieuse de nos gouvernants en ce qui concerne un simple moyen de communication. La psychose maniaco-législative bat son plein dans un même panier où l’entrepreneur côtoie le mafieux, le membre de Facebook ajoute le violeur et l’étudiant jongle entre la lecture du huffington post et la vision d’images pédopornographiques.

Face à cette amas d’épithètes me vient la question suivante : Et les zoophiles ? Je ressens comme une discrimination à l’égard de cette fraction de la population qui, comme celle des nécrophiles, est injustement bafouée et ignorée dans le concert des lieux communs et des stéréotypes.

Non. Non. L’état n’aime pas les internautes. L’internaute est  l’acteur du saccagement permanent. Pourfendeur de la culture, rétif à la notion sacro-sainte de propriété privée, apôtre d’un monde incompréhensible et indomptable, ou on perd le plaisir de lire, où on perd la force d’agir. L’internaute est vu comme un insensible. Affamé et sensuel que seul le pillage éveille, il est ignoble et indifférent, il est le l’antithèse et le cauchemar de la société de consommation. Il ne s’arrête pas, il ne contemple pas et ses seules limites sont données par sa bande passante. Nulle appréciation du travail fourni, nul culte de l’effort, nulle beauté appréciée pour ce qu’elle est : J’aime, je clique, je prends tel le nouveau triptyque de sa religion impie. Un véritable cauchemar.

« Brider, brider, brideeeeeer !!! » tel est le cri que pousse le gouvernant quand il se lève précipitamment dans la nuit noire. Il a peur, il se signe, il s’absout dans des lois absurdes.

L’état n’est qu’un faux prophète qui endort la populace avec un pipeau. Il couvre ses bonnes intentions nauséabondes sous une avalanche avariée de bons sentiments et de mots barbares : DADVSI et son unique condamnation, Hadopi  qui a fait de Google la star du ddl pirate, loppsi grâce à qui les réseaux pédopornographiques peuvent se frotter les mains. C’est un enfant qui s’agite en vain dans une chambre de porcelaine. Un enfant, dont la baby sitter névrosée s’appelle…  major.

Internet sans anonymat et avec un total contrôle sur les données échangées n’est pas internet et ça n’est pas pour demain. A toutes les majors de toutes sorte, car c’est vous qui dirigez en sous-mains cette mascarade, vous qui traitez les parlementaires  comme les pétasses sur-maquillées d’une bande de lascars en rut, j’aimerai  vous dire ceci : Vous avez perdu la bataille.

Vous avez perdu la bataille depuis longtemps car vous n’avez pas su vous adapter à l’évolution technologique.
Vous vendiez des CD à 15 euros à l’époque de Napster.
Vous continuez aujourd’hui alors qu’on a tous compris qu’un CD avait plus de valeur en tant que partenaire sexuel qu’en tant que media crédible.

Pour justifier les fermetures d’entreprises et les délocalisations certains font appel à la notion de destruction créatrice établie par Schumpeter. Ce qui s’applique aux membres les plus fragiles de la population devrait aussi concerner les grosses industries sans que l’état vienne torcher les fesses de qui que ce soit avec des lois liberticides.

L’état arrivera-t-il à comprendre les internautes ? Peut-être un jour comprendra-t-il qu’internet, malgré ses mauvais côtés est une véritable avancée pour l’ensemble de la société. Peut-être comprendra-t-il qu’il peut exercer sa violence légale sans renier ses principes les plus fondamentaux. Peut-être comprendra-t-il que la technique du gun sur la tempe pour assurer nos libertés avec assurance : « Ne vous en faîtes pas on ne va pas tirer » n’est pas un vrai gage de sécurité. La liberté n’est pas quelque chose d’acquis mais un combat de tous les instants. L’état apprendra-t-il tout simplement à nous connaître ?
Mouai.

On a le droit de rêver. En vérité je vous le dis. La bataille ne fait que commencer.